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"Une personne comme lui, on devrait la connaître le plus tôt dans la vie - avoue Warlikowski - "il est formé avec des lectures et des expériences d'une génération différente. Par contre, nous avons en commun la façon d'ouvrir le théâtre aux plusieurs problèmes" ("Notatnik Teatralny" 2003, no 28-29).Le metteur en scène parlait de ses premières expériences théâtrales:
"J'ai vu à Cracovie les spectacles de Konrad Swinarski, Jerzy Jarocki, Andrzej Wajda et Krystian Lupa. A l'étranger, en France, je n'avais pas trouvé de théâtre intéressant, alors je passais mes soirées à l'opéra ou au ballet. Ce n'étaient pas de spectacles révolutionnaires, mais ils se distinguaient par la beauté et le sens du style. J'ai vu le théâtre gotique à l'Opéra Comique, les opéras à l'Opéra-Garnier, à l'Odéon - les spectacles de Ingmar Bergman, Giorgio Strehker et d'autres invités au Théâtre des Nations et après à l'Union des Théâtres de l'Europe." ("Notatnik Teatralny" 2003, no 28-29)Warlikowski a eu l'occasion de connaître personnellement Peter Brook, Ingmar Bergman et Giorgio Strehler, il a participé aux ateliers maintenus par eux. Brook l'avait invité à collaborer dans la réalisation de l'opéra IMPRESSIONS DE PELLEAS d'après PELLEAS ET MELISANDE de Claude Debussy (Bouffes du Nord, Paris).
"La mort comme dernière alternative, la solitude, la biologie, la course vers la mort, un monde horrible, déformé, irréparable où l'on ne trouve plus de place pour les sentiments." - c'est la description du spectacle 'Roberto Zucco' de Jacek Wakar, qui disait aussi - "Les succès de Warlikowski et des acteurs du Théâtre Nowy est dû au fait qu'ils ont essayé, tout comme chez Koltès, de décrire le monde. Ce n'est pas simple et souvent on aboutit à poser une question à laquelle le spectateur doit trouver la réponse lui-même." ("Teatr" 1996, no 1).Warlikowski s'est servi de nouveau de Koltès en 1998 au Théâtre Studio à Varsovie, cette fois il a mis en scène QUAIS OUEST, présenté par lui auparavant à Gradsko Dramsko Kazaliste Gavella à Zagreb (1998).
"Shakespeare est devenu mon maître artisan" - reconnaît le metteur en scène - "Je l'estime pour sa négative au compromis et son envie de nommer le monde entier et non seulement un bout de réalité." ("Notatnik Teatralny" 2003, no 28-29).Jusqu'aujourd'hui Warlikowski avait mis en scène les pièces du stratfordien dix fois. En 1994 il a présenté KUPIEC WENECKI / LE MARCHAND DE VENISE au Théâtre W. Horzyca à Torun. ZIMOWA OPOWIESC / LE CONTE D'HIVER au Théâtre Nowy à Poznan (1997) et POSKROMIENIE ZLOSNICY / LA MEGERE APPRIVOISEE au Théâtre Dramatique à Varsovie (1998) sont devenus des spectacles importants. Warlikowski
"(...) introduisait sur scène sans gêne des éléments de la réalité contemporaine (...)" - notait Roman Pawlowski. - "Mais l'ingérence du metteur en scène dans le monde de la comédie renaissante ne se limitait pas à déguiser les héros en jeans et vestons. Warlikowski a reconstruit profondément le sens des pièces de théâtre à travers de la façon de penser contemporaine. 'La Megere Apprivoisee' est devenu un récit qui raconte comment on brise le caractère d'une femme et la prive de liberté. (...) Par contre 'Le Conte d'Hiver' au lieu d'être un conte fantastique avec des danses, scènes des pasteurs et des chants est devenu un conte amer sur la décomposition d'une famille." ("Notatnik Teatralny" 2003, no 28-29).Warlikowski a mis en scène HAMLET deux fois, pour la première fois à School of Drama Beit Zvi à Tel Aviv (1997) et de nouveaux en 1999 au Théâtre Rozmaitosci à Varsovie, avec lequel il travaille systématiquement depuis ce temps. Pour le spectacle de Varsovie le metteur en scène avait abandonné la perspective politique de l'ouvrage, Hamlet de Jacek Poniedzialek posait ici des questions sur sa propre identité, aussi son identité sexuelle.
"Précis, surprenant par la forme sobre et limpide, sage. (...)" - commentait le spectacle Iza Natasza Czapska - "La force de ce spectacle réside dans sa formule très contemporaine qui restitue la vérité aux paroles et aux événements de 'La Tempete'. L'œuvre de Shakespeare, un peu déchaîné, devient ici en un drame de chambre (...)" ("Zycie Warszawy", 09.01.2003).Par contre le spectacle français LE SONGE D'UNE NUIT D'ETE / SEN NOCY LETNIEJ au Théâtre National à Nice (2003) a été considéré par une partie du public comme provocation et des spectateurs abandonnaient le théâtre.
'Le Songe d'une Nuit d'Eté', lu par certains metteurs en scène du XXème siècle comme conte romantique, est devenu ici un récit brutal sur le mépris pour les sentiments humains, sur la violation des corps et des âmes" - écrivait Roman Pawlowski. - "La forêt, considérée toujours comme un espace de liberté contrasté avec la cour d'Athènes, prend ici la figure de l'enfer de la déviation. De cette façon la problématique de la liberté de La Tempête est élargie ici par celle de mœurs et ses conséquences dangereuses pour l'homme contemporain." ("Notatnik Teatralny" 2003, no 28-29).Les spectacles shakespeariens étrangers précédents de Warlikowski c'étaient la mise en scène avec succès de PERICLE, PRINCIPE DI TIRO / PERICLES au Piccolo Teatro di Milano (1998) et WAS IHR WOLLT / LA NUIT DES ROIS au Staatstheater à Stuttgart, sur la scène Kammertheater en 1999.
"(...) Les BACCHANTES paralysent par le courage de toucher les secrets obscurs de l'existence, le courage et la clarté dans la recherche du profond du dieu et de la fatalité imposée par le sort et le destin." - écrivait Piotr Gruszczynski. - "Ce spectacle est un nouveau pas qui élargit les limites du théâtre. Utilisé comme instrument de la connaissance, en conformité avec les ordres imposés par le sacre, le théâtre récupère la capacité de créer un profond discours intellectuel, assisté des émotions les plus profondes." ("Tygodnik Powszechny", 04.03.2001)Warlikowski met en scène aussi des opéras.
"L'opéra est une prison. " - disait le metteur en scène. - "Jusqu'à quel point serons-nous capables d'y creuser une enclave de liberté c'est le problème principal, le plus important. Le rôle du metteur en scène est d'introduire de la vie dans les structures imposées par la partition et la convention rigide." ("Rzeczpospolita" 2004, no 224).En 2000 Warlikowski débuta avec une opéra de chambre d'un acte THE MUSIK PROGRAMME / COURS DE MUSIQUE de Roxanna Panufnik (coproduction de BOC Covent Garden Festival de Londres et de l'Opéra National - Le Grand Théâtre de Varsovie). Il a fait aussi à l'Opéra National - Grand Théâtre: DON CARLOS de Giuseppe Verdi (2000), IGNORANT I SZALENIEC / L'IGNORANT ET LE FOU de Pawel Mykietyn (2001), LANGUES TATOUEES / TATTOOED TONGUES de Martijn Padding (coproduction avec Stichting Geest Gronden CC) et dernièrement UBU REX / UBU ROIS de Krzysztof Penderecki (2003) qui a suscité des controverses.
"Quand je présente les œuvres de Koltès ou de Kane, moi aussi, je l'impression que je suis en train d'essayer de toucher un univers. Les problèmes particuliers, les groupes ou les milieux fermés, c'est-à-dire le sommaire d'hier ou d'aujourd'hui ne sont plus suffisants" - disait le metteur en scène en faisant la comparaison entre la jeune dramaturgie et l'œuvre de Shakespeare. ("Notatnik Teatralny" 2003, no 28-29).
"Ce spectacle, dans lequel Warlikowski avait totalement formé son propre style, l'avait purifié (nomen omen), l'avait conduit à la perfection artistique" - avait écrit à propos du spectacle Janusz Majcherek - "Il n'est plus le jeune doué, c'est tout simplement un metteur en scène éminent. Il avait trouvé moyen pour cette dramaturgie d'enfer qui, dans la lecture, paraît surpasser les possibilités de la scène. Cependant Warlikowski a compris parfaitement que la littéralité de la description doit être traduite en signes métaphoriques et qu'en fait Sarah Kane est une poétesse et qu'on doit la traiter poétiquement au théâtre." ("Teatr" 2002, no 1-2)Récemment à Schauspiel à Bonn Warlikowski s'est mesuré avec une grande œuvre épique, il a adapté et mis en scène AUF DER SUCHE NACH DER VERLORENEN ZEIT / A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU de Marcel Proust (2002), un spectacle qui touchait avant tout le problème du passage du temps et celui de la mort.
"Au théâtre de Warlikowski nous découvrons un Proust différent, qui voit bien le déclin de la civilisation européenne, qui règle les comptes avec l'hypocrisie sexuelle et les convenances morales." (Piotr Gruszczynski, "Tygodnik Powszechny" 2002, no 29).En 2003 Warlikowski à pétition du Festival d'Avignon prépare DYBUK d'après le drame de Szymon (Sholem) An-ski et le récit de Hanna Krall sous le même titre (coproduction: le Théâtre Wspolczesny de Wroclaw, Théâtre Rozmaitosci de Varsovie, Festival d'Avignon, THEOREM).
"Le théâtre de Warlikowski est pour les spectateurs un lieu de profond psychodrame. Non pas psychanalyse, car celle-là se fait plus tard, quand on est déjà sorti du théâtre, et chacun le fait pour soi." - écrivait Piotr Gruszczynski. - "Quand le spectacle est en cours, les esprits des spectateurs se trouvent attrapés dans le piège de la rébellion qui consiste en détruire ces quelques convictions imperturbables que chacun de nous porte en soi. Son but est de changer cette façon de penser ciblée, motivée par l'efficacité et par le désir d'atteindre un but concret. Cette façon de penser et d'agir qui nous est exigée par l'adaptation à la routine de tous les jours, bloque nos contacts avec la sphère des mythes et des fantasmes. Souvent en face de cet impératif culturel, il se transforme en interdiction, voir tabou. Warlikowski part de l'idée que sans franchir la barrière de la pensée ciblée à atteindre les objectifs de la vie, la façon de penser de vainqueurs, on ne peut pas créer au théâtre de situation sincère qui permette de parler des choses pertinentes, comme par exemple: la culpabilité, l'identité, la sexualité, le caractère humain et son conditionnement par le mal." ("Notatnik Teatralny" 2003, nr 28-29)Distinctions les plus importantes:
Monika Mokrzycka-Pokora février 2004 |
