Peintre, pionnier de l’avant-garde classique des années 20 et 30 du XXe siècle, représentant du constructivisme, précurseur de l’abstraction géométrique des années 60, 70 et 80 ; auteur de reliefs, designer, auteur de décors scénographiques et d’affiches. Né à Varsovie en 1894, il y est décédé en 1988.
De 1913 à 1919, Stażewski étudie la peinture à l’École des Beaux-Arts de Varsovie, dans l’atelier de Stanislaw Lentz. Il se lie avec le premier groupe polonais d’avant-garde, les
EXPRESSIONISTES POLONAIS, fondé en 1917, qui adopte en 1919 le nom de
FORMISTES. Il débute en 1920, en exposant avec les Formistes à la galerie "Zacheta" de la Société pour l’Encouragement des Beaux-Arts de Varsovie. En 1921, il présente ses tableaux lors d’une exposition commune avec Mieczyslaw Szczuka, dans l’avant-gardiste Club Artistique Polonais. L’année suivante, il prend part à l’exposition des Formistes
“F 9”, dans le Salon de Czeslaw Garlinski à Varsovie. En 1923, l’artiste figure dans l’
Exposition d’Art Moderne de Vilnius et dans l’
Exposition Internationale d’Art Moderne de Lodz. Ces deux événements sont considérés comme le point de départ du mouvement constructiviste en Pologne. Stazewski est l’un des co-fondateurs du
GROUPE DES CUBISTES, CONSTRUCTIVISTES ET SUPREMATISTES “BLOK” (1924-1926), puis des groupes qui ont continué et élargi les principes énoncés dans le programme de
“BLOK”:
PRAESENS (1926-29) et
A.R. (1929-1936). Il collabore également à la rédaction des revues "Blok" et "Praesens".
À partir de 1923, Stazewski s’occupe de design et fait des projets de décors pour le théâtre. Parallèlement, il présente ses œuvres avant-gardistes au Salon de l’Automobile de la société Laurin et Klement à Varsovie. En 1924, il commence à faire des séjours réguliers à Paris, où il se lie d’amitié avec Piet Mondrian et Michel Seuphor. Artiste, théoricien de l’art et publiciste, Stazewski contribue considérablement au développement de l’avant-garde mondiale. L’artiste est également membre actif de groupes internationaux constitués à Paris:
Cercle et CarrÉ (depuis 1929) et
Abstraction - CrÉation (depuis 1931). Dès 1926, Stazewski avait représenté l’art polonais à l’étranger, dans le cadre d’expositions organisées, précisément, par la Société pour la Popularisation de l’Art Polonais à l’Étranger. En 1928, l’artiste fait les projets de couverture pour la revue “MUBA”, rédigée à Paris par le poète lithuanien Juozas Tysliav. L’année suivante, également à Paris, il commence à collaborer avec Jan Brzekowski et Wanda Chodasiewicz-Grabowska à l’édition de la revue “L'Art Contemporain - Sztuka Wspolczesna”. L’artiste prend part à de multiples expositions internationales, entre autres à la
Première Exposition Internationale de l’Architecture Moderne (Varsovie, 1926), à l’
Exposition de l’Art ThÉÂtral (Paris, 1926), à
The Machine Age Exposition (New York, 1927) et à
Konstruktivisten (Bâle, 1937). En 1932 il présente son œuvre avec le groupe
NOUVELLE GÉNÉRATION à la galerie de la Société des Amis des Beaux-Arts de Lwow et, à Lodz, au département de l’Institut de la Propagande de l’Art. En 1935, il participe aussi à l’exposition du
GROUPE DE CRACOVIE, à Cracovie. Stazewski est également co-fondateur de la Collection Internationale d’Art Moderne, présentée au public par le Musée d’Art de Lodz en 1931 ; la collection comprenait, entre autres, des œuvres de H. Arp, M. Seuphor, T. van Doesburg, F. Léger, M. Ernst, A. Ozenfant et E. Prampolini. En 1933, Stazewski participe à la fondation du Cercle des Artistes Graphistes de la Publicité, dans le cadre duquel il élaborera plusieurs projets typographiques, dans une stylistique proche du néoplasticisme. La première exposition individuelle des œuvres de Stazewski est organisée la même année à l’Institut de la Propagande de l’Art à Varsovie. Presque toutes les œuvres créées par Stazewski à l’époque de l’entre-deux-guerres ont été détruites lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Après la guerre, Stazewski noue des relations avec le Club des Jeunes Artistes et Scientifiques, ainsi qu’avec la galerie avant-gardiste Krzywe Kolo à Varsovie. En 1965, l’artiste collabore avec Wieslaw Borowski, Anka Ptaszkowska et Mariusz Tchorek, à la fondation de la Galerie Foksal. La première exposition individuelle de l’œuvre de Stazewski, après guerre, a lieu en 1955 au Club de la Société des Gens de Lettres Polonais, à Varsovie. L’œuvre de Stazewski est également présentée également lors de nombreuses expositions de l’art moderne polonais à l’étranger : Paris (Musée d'Art Moderne, 1977, 1982 ; Centre Georges Pompidou, 1983), Stockholm, Amsterdam, Bruxelles et Genève (1959), Venise (1959, 1966, 1986), New York (Museum of Modern Art, 1976), Oslo (1961), Essen (1962, 1973), Stuttgart (1962), Chicago (1964, 1966, 1967, 1972), Bochum (1964), Tel-Aviv (1965), Tokyo (1966), Londres (Royal Academy, 1970, 1984), Strasbourg (1970), Düsseldorf (1974, 1981, 1982), Milan (1974, 1986), Zurich (1974, 1975), Lodz organise une exposition rétrospective de l’œuvre de Stazewski. L’artiste obtint un prix honorifique lors de la XXXIIIe
Biennale de Venise, en 1966 ; il fut honoré du prix Gottfried von Herder de l’Université de Vienne en 1972.
Les premières œuvres de Stazewski, des années 1917–1923, dessins à structure inspirée du cubisme, natures mortes et portraits maintenus dans une stylisation décorative, laissaient déjà prévoir sa fascination future pour les courants avant-gardistes. Ses œuvres provenant de la phase constructiviste, toiles monochromes où la couleur est remplacée par la facture, dénotent l’influence de la théorie de l’unisme, professée par
Wladyslaw Strzeminski. On aura pu également relever l’influence des compositions architecturales de Strzeminski, en particulier dans les œuvres où Stazewski analyse les relations de la figure et du fond, en inscrivant des lettres conformément au rythme de la structure géométrique de la composition. Les liens étroits unissant l’art de Stazewski au néoplasticisme du groupe hollandais
De Stijl se manifestent dans sa tendance à construire le tableau sur la base d’un réseau de verticales et d’horizontales, ainsi que dans son recours aux trois couleurs primaires, le rouge, le jaune et le bleu et, parallèlement, aux trois non-couleurs, le noir, le blanc et le gris. (
KOMPOZYCJA / COMPOSITION/, 1930). Cette structure rudimentaire, Stazewski la modifie en connectant les champs à coloration monochrome par des “cornières” arrondies. Les peintures abstraites de Stazewski, des années 30 et 50, ne sont plus soumises à la discipline rigoureuse de la construction. Les taches de couleur pure, biomorphiques ou aux contours géométrisés, s’affranchissent de la prédominance des lignes, qui sont conduites avec dynamisme. Au début des années 30, un courant figuratif, abondant en paysages, portraits et natures mortes, apparaît dans la production de Stazewski ; cette tendance va se développer jusque dans les années 50. Les toiles produites à la charnière des années 40 et 50 se trouvent à la limite de l’abstraction et de la figuration : soit qu’elles comportent des évocations de natures mortes, soit qu’elles rappellent, par la dynamique de lignes sinueuses et frénétiques, les dessins de Strzemiński du temps de la guerre. Ces œuvres témoignent de l’indépendance de l’artiste face à l’“esthétique normative” du réalisme socialiste. Particulièrement riche, la production artistique de Stażewski des années 60 et 70 relève de l’abstraction géométrique.
Dans la deuxième moitié des années 50, un nouvel élément vient s’ajouter au langage artistique de Stażewski, en supplantant pour presque vingt ans les moyens d’expression propres à la peinture : le relief. Au commencement de cette période, dans l’œuvre de l’artiste prédominent des reliefs à structure souple, composés d’éléments évoquant des formes organiques, à surfaces raboteuses et aux couleurs vives (
RELIEF, environ 1955). Dans les années 60, la priorité passe aux reliefs recouverts d’un raster qui avive leur surface grâce aux effets de vibration optique. Les œuvres du début des années 60 laissent percer la fascination du blanc. Les tableaux achromatiques constituent une manifestation de la réflexion de l’artiste sur la neutralité de la forme “en elle-même” et sur sa dépendance à la composition. Stażewski analyse aussi le nombre infini de configurations potentielles d’éléments mobiles en forme de tonneaux. L’artiste procède ainsi à la confrontation des notions de “l’ordre” et du “hasard”, en créant une situation plausible, quoique non encore réalisée. (
RELIEF SZARY I BIALY 9 / RELIEF GRIS ET BLANC 9, 1964).Parallèlement à sa “période blanche”, Stazewski expérimente la création multidimensionnelle : le caractère spatial de sa série de reliefs en cuivre (1964-1967), est obtenu aussi bien par accumulation et superposition des éléments, que par l’éclat des reflets lumineux sur la surface polie du métal. (
RELIEF MIEDZIANY 9 / RELIEF EN CUIVRE 9, 1965). Le dynamisme des reliefs peints, créés dans les années 70, prend sa source dans la perturbation inopinée de leur structure géométrique et dans la révocation subite de la règle du rythme régulier dans la composition (
RELIEF 2, 1972). C’est également en cette période que Stazewski revient aux “toiles blanches”, stimulus pour sa réflexion sur les relations unissant l’art, la science et la métaphysique, dans le cadre de son étude de l’opposition entre l’ordre et le chaos.
En 1975, l’artiste écrit une série de traités analysant la composition des tableaux de Georges de la Tour, censée servir d’illustration à son opinion que la géométrie constitue le dénominateur commun de l’art de toutes les époques. La thèse de l’universalisme de la géométrie inspire Stazewski pour initier, en 1976, une série de tableaux intitulée
REDUKCJE / REDUCTIONS. Les compositions se bornaient à un espace abstrait, figuré par la surface homogène et blanche de la toile, transpercée par des faisceaux de lignes divergentes, parallèles ou perpendiculaires. Cette restriction radicale du langage artistique et sa soumission à une discipline austère étaient censées traduire les sentiments éprouvés par un homme qui, face à l’infini, ne perd pas confiance en sa géométrie, “mesure” ordonnatrice, inscrite dans son œil et dans son esprit. En 1968, la tendance à soumettre l’œuvre d’art aux lois objectives de la science s’accentue chez Stazewski. Le module principal des toiles de cette période est un carré coloré ; l’artiste le multiplie en changeant légèrement sa coloration, pour obtenir ainsi une œuvre multidimensionnelle aux effets chromatiques intensifiés. Les compositions doivent ainsi illustrer l’idée métaphysique du carré.
En 1970, Stazewski élargit l’éventail de ses moyens d’expression et développe sa conception de l’universalisme de l’art: lors du
Symposium Wroclaw 70, l’artiste crée la composition
9 PROMIENI SWIATLA NA NIEBIE / NEUF RAYONS LUMINEUX DANS LE CIEL, en ayant recours à des faisceaux lumineux issus de projecteurs. Ses toiles à l’acrylique des années 70 accordent la priorité à la couleur : prodigieusement expressives, elles se libèrent des cadres rigides du carré, en altérant la régularité de la disposition des formes géométriques, ou encore en les attaquant, en les griffant d’un “rayon” agressif (
PROMIENIE BARW / RAYONS DE COULEURS, 1980). Dans les années 80, la couleur devient une composante du jeu dynamique des formes géométriques. Intense, parfois lumineuse, la surface monochrome recouvre également les colliers et les escarpins peints par Stazewski, en guise de plaisanterie sui generis. En plus de la peinture de chevalet, l’artiste s’occupe de peinture murale, d’arts graphiques utilitaires, de typographie et de décoration intérieure. Il réalise des projets de scénographie, d’affiches et de poteries. À partir de 1974, l’artiste entreprit de pérenniser ses idées sur l’art et la philosophie dans des textes-aphorismes. Stazewski fut l’initiateur d’un échange artistique entre les créateurs polonais et américains, organisé en 1980 pour célébrer le cinquantenaire de la fondation de la Collection Internationale de l’Art à Lodz.
Irena Kossowska Instytut Sztuki Polskiej Akademii Nauk décembre 2001 | |