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Anthologie de la poésie polonaise



l'Année de Jerzy Giedroyc l'Année 1956

02.09.2010

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biographies
littérature
JULIUSZ SŁOWACKI
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Poète polonais romantique éminent, dramaturge, philosophe - visionneur. Né en1809 a Krzemieniec, mort en 1849 à Paris.

Il a passé ses premières années à Krzemieniec et à Vilnius. Sa mère Salomea (avec qui il était étroitement lié sentimentalement pendant toute sa vie) après avoir perdu son premier mari, est devenue femme du professeur de l’Université de Vilnius, August Bécu. Grâce à cela le futur poète avait des contacts avec le milieu intellectuel, il avait connu, entre autres, Adam Mickiewicz, Joachim Lelewel, Jan et Jedrzej Sniadecki. Dans les années 1825-28 il a étudié le droit à Vilnius. En 1829 il a commencé à travailler à la Commission Gouvernementale des Revenus et du Trésor. En 1831 Adam Jerzy Czartoryski lui a proposé un poste au Bureau Diplomatique du Gouvernement National. Slowacki est parti à Dresde en qualité d’envoyé diplomatique et plus tard à Paris où il s’est installé définitivement. Il a séjourné à Genève entre 1832 35 1836 où il s’est laissé impressionner par la nature des Alpes. (W SZWAJCARII / EN SUISSE). Pendant son séjour à Rome en 1836 il s’est lié d’amitié avec Zygmunt Krasinski qui est resté pendant longtemps un des lecteurs peu nombreux qui savaient apprécier la valeur et l’innovation de sa poésie. Dans les années 1836-37 il a voyagé en Grèce, Egypte et Palestine et dans les années 1837-38 il a séjourné en Florence. L’ambiance exotique de ses voyages, des sentiments mystiques provoqués par la visite à la Terre Sainte et plus tard les études sur la littérature, la peinture et la sculpture italienne trouvent son reflet dans la lyrique, les poème et les drames de cette période (par exemple HYMN O ZACHODZIE SLONCA / LE HYMNE AU COUCHER DU SOLEIL, PODROZ DO ZIEMI SWIETEJ Z NEAPOLU / LE VOYAGE DE NAPLES A LA TERRE SAINTE, ROZMOWA Z PIRAMIDAMI / LA CONVERSATION AVEC LES PYRAMIDES, POEMA PIASTA DANTYSZKA HERBU LELIWA O PIEKLE / LE POEME DE PIASTE DANTYSZEK BLASON LELIWA SUR L’ENFER , BEATRIX CENCI).

En 1842 Słowacki a fait la connaissance à Paris de Andrzej Towianski et il a adhéré pour une courte période à son Cercle. Il a rompu cette liaison à cause de différences d’idées ainsi qu’à cause du conflit permanent avec Mickiewicz, le Maître dominant dans son entourage. Cependant c’est surtout sous l’influence de Towianski que le système philosophique de Slowacki s’était finalement formé. Les convictions philosophiques et sociales de Slowacki (dont nous parlerons plus loin) l’inspirait à l’activité politique qui n’apportait pourtant pas beaucoup de résultats. Pendant l’insurrection de Cracovie et la dite massacre de Galicie il a organisé un Cercle avec quelques sympathisants peu nombreux, parmi lesquels se trouvait, entre autres, Cyprian Norwid. Il a écrit quelques pièces de caractère d’une déclaration politique, entre autres GLOS Z WYGNANIA DO BRACI W KRAJU / LA VOIX DE L’EXILE A MES FRERES AU PAYS, DO EMIGRACJI O POTRZEBIE IDEI / AUX EMIGRES SUR LA NECESSITE DES IDEES. Pendant la période du Printemps des Peuples il a publié GLOS BRATA JULIUSZA SLOWACKIEGO DO ZGROMADZONYCH I W KLUB CHCACYCH SIE ZWIAZAC POLAKOW / LA VOIX DU FRERE JULIUSZ SLOWACKI AUX POLONAIS REUNIS ET QUI VEULENT S’ORGANISER DANS UN CLUB. Après le déclenchement de la résurrection de Wielkopolska il a formé une Confédération et il est allé, malgré sa tuberculose avancée, à Poznan, où il a prononcé un discours au Comité National. Il a quitté Poznan par ordre de la police et il est retourné à Paris, où il est mort peu après. Il a été enterré au cimetière de Montmartre. En 1927 ses cendres ont été transportées solennellement à Cracovie et elles ont été déposées à la Cathédral de Wawel, à côté des cendres de Mickiewicz.

Les œuvres patriotiques publiées dans la presse pendant le soulèvement de novembre qui constituait pour Slowacki une expérience dramatique, lui ont apporté une certaine renommée (entre autres HYMN / LE HYMNE, KULIG / PROMENADE EN TRAINEAUX, ODA DO WOLNOSCI / L’ODE A LA LIBERTE). Il a publié à Paris trois volumes de poésies (1832-33) qui comprenaient ses romans poétiques précoces, des poèmes, des drames et des lyriques. Le milieu des émigrés, occupés surtout par ses querelles politiques, n’y avait pas prêté attention. En plus Mickiewicz, un poète national reconnu à l’époque, en a parlé sans approbation, il a dit de la poésie de Slowacki qu’elle était comme une belle église où Dieu est absent.

Slowacki avait publié de son vivant uniquement une partie de son œuvre et il n’avait pas trouvé la popularité malgré le fait que sa poésie était exceptionnelle même sur le fond riche de la littérature romantique. Elle était variée, à phrases riches, langage innovateur et sensibilité plastique. Plusieurs de ses œuvres font partie du canon de la littérature polonaise connu pour des générations des Polonais, entre elles: ROZLACZENIE / LA SEPARATION, HYMN (SMUTNO MI BOZE) / LE HYMNE (JE SUIS TRISTE, SEIGNEUR), TESTAMENT MOJ / MON TESTAMENT, DO LUDWIKI BOBROWNY / A LUDWIKA BOBROWNA, GROB AGAMEMNONA / LE TOMBEAU D’AGAMEMNON, OJCIEC ZADZUMIONYCH / PERE DES PESTIFERES. Et c’est justement l’innovation de cette poésie qui rendait tellement difficile sa réception par ses contemporains. Certains seulement, parmi eux Zygmunt Krasinski, Cyprian Norwid, et Kornel Ujejski savaient apprécier sa valeur exceptionnelle.

Slowacki avait exprimé sa position envers le milieu de l’émigration dans son poème à digressions BENIOWSKI (1840-46). Les chants 1 à 5 ont été publiés en 1841. Les autres chants, leurs versions différentes et des fragments ont été publiées après sa mort. L’œuvre complète reconstruite est composée de 10 chants écrits en huitain. L’action du poème est située dans le temps de la confédération de Bar en Podolie et en Crimée. Le poète avait choisi pour personnage principal un noble polonais, dont le modèle fut un vrai noble hongrois, auteur des mémoires publiées en 1791. Au niveau de l’histoire le poème présente les aventures d’un jeune modeste et insoucieux qui parcourt le pays, rencontre plusieurs personnes (dont plusieurs possèdent des prototypes historiques): Aniela, Swentyna, père Marek, Tadeusz Dzieduszycki. L’histoire ne constitue qu’un prétexte pour un jeu poétique à niveaux multiples. Le vrai personnage principal c’est le narrateur qui est la voix de l’auteur. Il commente l’histoire en construction, la modifie et en fait la parodie, converse avec le lecteur, se dirige aux critiques éventuels. Slowacki joue dans son poème avec plusieurs conventions: il est épique, pathétique, lyrique, ironique, il entremêle dans l’histoire des souvenirs sentimentaux, de la méditation et de la réflexion sur son propre art. BENIOWSKI a été considéré comme le credo idéologique et artistique de Slowacki et lui a apporté plus d’assentiment que ses œuvres publiées auparavant.

Le poème antrieur ANHELLI (publié en 1838) contient également une image critique de l’émigration et une polémique cachée avec Mickiewicz, il a été reçu à contrecœur par les lecteurs. Il a été écrit dans un couvent dans la montagne de Liban, inspiré par les expériences religieuses en Terre Sainte. Le langage du poème est stylisé en prose biblique, comme le langage des KSIEGI NARODU I PIELGRZYMSTWA POLSKIEGO / LES LIVRES DE LA NATION ET DU PELERINAGE POLONAIS de Mickiewicz. Cependant Slowacki, à différence de Mickiewicz, nie la valeur salvatrice du pèlerinage des émigrés. L’action du poème se déroule en Sibérie symbolique, dans un entourage sombre et froid où les déportés, en querelle et lutte entre eux, incapable de créer une idée commune, succombent à la dégénération morale et physique. Le personnage principal, un jeune homme de cœur limpide, vagabonde avec un prêtre dans un espace qui fait penser à l’image de l’enfer dantesque. Il est choisi – dit le poète – pour un sacrifice pareil à celui du Christ, mais la signification de ce sacrifice n’est pas claire. Anhelli meurt en solitude et l’ange Eloe ne permet pas qu’on le réveille au moment de l’arrivé du chevalier qui appelle à l’acte révolutionnaire. La complexité symbolique de ce poème beau au niveau du langage et de l’image a poussé les analystes à plusieurs interprétations. Certains y voyaient déjà l’annonciation de la philosophie génésique.

Slowacki est auteur d’un des systèmes métaphysiques les plus originels parmi les messianismes romantiques. Pareillement à Mickiewicz et à Krasinski, il voyait l’histoire comme un processus de perfectionnement de l’humanité dans le désir de réaliser l’idéal divin. Il reconnaissait également la nécessite de la souffrance, du sacrifice et de l’action dans la vie individuelle et collective. Il donnait aussi un rôle particulier à la nation polonaise. Il devait son inspiration dans une certaine mesure à Towianski, mais il puisait aussi dans le néoplatonisme et les sciences naturelles contemporaines. Par conséquent il avait construit un système cosmogonique depuis la création de l’univers jusqu’à son angélisation définitive. L’univers de Slowacki est un organisme composé d’esprits individuels qui existent dans le processus d’une évolution progressive, à la fois biologique et spirituelle. La modification qu’il introduit dans le Livre de Genèse biblique est signe d’un individualisme romantique extrême. Les esprits qui existaient en Dieu depuis avant les siècles ont demandé la forme pour travailler eux-mêmes leur divinité. Ils sont sortis de l’Absolu en créant le temps et l’espace. Cependant au moment de l’émanation une séparation est survenue; une partie des esprits s’est exprimée par la lumière, en créant des soleils et des étoiles, le monde de l’existence angélique. Une autre partie, à travers la paresse et la négligence avait créé l’élément destructif - le feu qui était à l’origine de la Terre. Telle est l’interprétation de Slowacki du péché cardinal - la chute de l’esprit qui avait perdu la conscience de sa divinité, et de la rédemption de ce péché par un effort héroïque d’un auto perfectionnement constant. Les esprits gardent leur identité individuelle grâce à la réincarnation et la mémoire métampsychique (souvenir des incarnations antérieures) est octroyé aujourd’hui uniquement aux mystiques, visionneurs et poètes. La contrainte intérieure de perfectionnement, c’est-à-dire de renaître en formes supérieures entraîne le devoir de détruire toutes les formes trouvées. Dans la réalité spirituelle existe une hiérarchie et la place dans cette hiérarchie dépend uniquement des mérites, cela vaut aussi bien pour les esprits individuels que pour les "communautés des esprits parents", c’est-à-dire les nations. La nation polonaise avait élaboré une priorité spirituelle qui la situe au sommet de la hiérarchie des communautés. L’objectif de l’évolution progressive est d’atteindre un état "d’angélisation" supra humaine par les esprits individuels qui arrive à leur propre divinité par eux-mêmes.

La philosophie génésique de Slowacki est extrêmement individualiste et héroïstique, elle glorifie l’activisme, la souffrance, le sacrifice, la destruction et la révolution. Elle n’a pas besoin de l’ingérence de la Providence, de la tradition et de l’Eglise. Les convictions politiques et sociales radicales du poète s’expliquent par ce contexte. Il a présenté sa philosophie génésique de façon la plus complète dans GENESIS Z DUCHA / GENESE DE L’ESPRIT et KROL-DUCH / LE ROI ESPRIT. Il l’avait traduit en langage de la politique actuelle dans ODPOWIEDZ NA PSALMY PRZYSZLOSCI / LA REPONSE AUX PSAUMES DU FUTUR.

GENESIS Z DUCHA. MODLITWA / GENESE DE L’ESPRIT. LA PRIERE (l’œuvre écrite dans les années 1844-46, publiée après sa mort) est un exposé sur l’évolution depuis la création de l’univers jusqu’à la création de l’homme. Il a la forme d’une prière dirigée au Dieu en tant que témoin de la création et du développement. Le Narrateur joue un rôle double – il est à la fois un esprit individuel qui se souvient de son passé et l’esprit global qui reflète l’évolution des espèces depuis les formes les plus basses jusqu’à la forme humaine. Au moment où les esprit les plus mérités ont acquis cette forme, Dieu "a posé sur le monde des formes un cachet de la durabilité". L’évolution suivante doit se dérouler dans le monde social.

Le poème KRÓL-DUCH / LE ROI ESPRIT (écrit entre 1845-49) est resté en plusieurs versions et fragments, les éditeurs de ses œuvres posthumes lui ont donné la forme définitive. Il constitue une tentative intéressante de créer le mythe poétique des débuts d’une nation. L’évolution génésique est transmise dans le monde de l’histoire. Il est géré par les mêmes droits: de l’action, du sacrifice, de la lutte avec la forme donnée et avec la paresse propre. L’esprit qui se trouve au sommet de la hiérarchie prend forme du chef de la communauté: le chef, le politicien, le visionneur. Her Arménien (un personnage de RZECZPOSPOLITA / LA REPUBLIQUE de Platon), héritier de la culture antique, ouvre la liste des chefs de l’évolution spirituelle de l’humanité. Ses personnages suivants sont les premiers rois de Pologne: Popiel, Mieszko et Boleslaw Smialy. Chacun représente une conception du pouvoir différente, a ses propres mérites dans le développement de la nation, commet des erreurs différentes. Mais ils indiquent tous la direction de l’histoire future de la nation qui doit mettre en oeuvre les "objectifs du Christ". Cette vision historiosophique es réalisée avec un élan exceptionnel, la légende du début est située dans l’univers, dans l’espace sacré plein des mythes et des symboles de la culture et le tout est enfermé dans un langage suggestif, intime et plastique.

ODPOWIEDZ NA PSALMY PRZYSZLOSCI / LA REPONSE AUX PSAUMES DU FUTUR (l’œuvre créée en 1845-45, publiée en anonymat en 1848) est une polémique pleine de passion avec les idées de Zygmunt Krasinski. Slowacki, conformément à sa propre idée de l’Esprit-éternel révolutionnaire, destructeur des formes données, qui se développe à travers les cataclysmes et les révolutions, s‘oppose à l’apothéose de la noblesse et aux appels au solidarisme national. Il voit le nouveau facteur du développement dans le peuple capable de détruire les structures sociales pétrifiées. Le poème utilise de différentes conventions de genre, contient une prière-invocation, dialogue, pamphlet, il est fragmenté, visionneur et plastiquement suggestif. Des citations de ce poème ont perduré pendant longtemps dans le langage des milieux démocratiques.

Slowacki était également auteur de nombreux drames maintenus dans de différentes conventions: historique (entre autres MARIA STUART, MAZEPA, HORSZTYNSKI), légendaires (LILLA WENEDA, BALLADYNA), symbolique-mystique (KSIADZ MAREK, SAMUEL ZBOROWSKI) et beaucoup d’autres. Parmi les plus éminents se trouvent KORDIAN et BALLADYNA.

KORDIAN (publié en 1833) est – comme la NIEBOSKA KOMEDIA / COMEDIE NON DIVINE de Krasinski et DZIADY / LES AIEUX de Mickiewicz - un grand drame métaphysique et politique. Il était également comme un défi poétique dirigé à Mickiewicz. Il se déroule dans le monde historique et dans l’au-delà, les personnages réalistes se trouvent à cote des personnages symboliques, et au centre de la problématique se trouve la chute de la résurrection de novembre. Dans "Przygotowanie/La préparation" les forces de l’enfer créent et envoient sur terre les chefs de ce soulèvement. Au cours du premier acte le personnage principal souffre le drame de la fin d’un amour d’adolescent. Pendant le second acte, lors d’un voyage il se voit déçu par l’Europe contemporaine. Dans le grand monologue au sommet du Mont-Blanc qui termine cet acte il se transforme en politicien, luttant pour la cause de la nation. Le troisième acte se déroule au lendemain du soulèvement, il présente le discours de différentes raisons, concernant le crime au nom d’une idée et la valeur morale du d’épanchement du sang. Kordian, abandonné par les autres conspirateurs, a l’intention de tuer le tzar Nicolas, récemment couronné roi de Pologne, mais, dominé par la Peur et l’Imagination se voit incapable de commettre cet acte sanglant. Condamné à mort pour la tentative d’assaut, il est sauvé, probablement après l’intervention du prince Constantin. Le drame ne l’indique pas clairement, mais il devait y avoir la suite - KORDIAN constituait la première partie d’une trilogie qui n’avait pas été réalisée. Dans ce drame Słowacki avait créé une des versions les plus intéressantes du héros romantique – individualiste, déçu par le monde, révolutionnaire mêlé dans un conflit de valeurs tragique. Mal reçu par les contemporains de l’auteur, ce drame est toujours présent dans les répertoires théâtraux, malgré les difficultés de la mise en scène.

BALLADYNA (publié en 1839) est une composition de plusieurs conventions: la légende, le conte populaire, la tragédie historique, la grotesque. On y trouve l’influence du drame de Shakespeare (KROL LEAR / LE ROI LEAR, SEN NOCY LETNIEJ / LE SONGE D’UNE NUIT D’ETE, MAKBET / MAKBETH, mais dans l’ensemble c’est un des plus originelles œuvres romantiques. Le roi Popiel est situé dans les débuts légendaires de la Pologne, privé du pouvoir par un usurpateur, le noble prince Kirkor qui fait des efforts pour lui rendre la couronne, la reine du lac de Goplo avec ses elfes, deux belles sœurs - la bonne et la méchante. Balladyna, dominée par le désir du pouvoir, y arrive à travers une série des crimes - elle commence par tuer sa sœur - sa rivale à la main de Kirkor et finalement termine morte de la main du dieu justicier. La diversité des conventions, du langage et des personnages (Balladyna passionnée, Goplana lyrique, amoureuse d’un simple paysan, la mère tragique de deux sœurs, la société rurale) assurent au drame une carrière scénique durable ainsi que plusieurs interprétations théâtrales.

L’œuvre de Slowacki était difficile à accepter par les romantiques pour être trop mystique et trop révolutionnaire. Elle l’était encore plus pour les positivistes, elle était en désaccord avec le rationalisme de cette formation et ses tendances organistiques. Cependant - et paradoxalement - c’était justement à l’époque du positivisme que des efforts pour publier et élaborer ses œuvres ont été entrepris. En 1860 à Leipzig ont été publié "Pisma/Les écrits" (ils contenaient surtout des œuvres publiées de son vivant). En 1866 Antoni Malecki avait publié les "Pisma posmiertne/Ecrits posthumes" en trois volumes ainsi qu’une monographie du poète en 2 volumes. En 1909 – à l’occasion du centenaire de sa naissance – a paru la première édition scientifique des "Dziela/Œuvres" vol. 1-10, élaborée par Bronislaw Gubrynowicz et Wiktor Hahn. L’anniversaire, fêté solennellement, coïncidait avec l’apogée de la popularité de Slowacki. La Jeune Pologne qui venait de remplacer le positivisme sur la scène culturelle l’avait reconnu comme son précurseur. En 1901 a paru le livre de Ignacy Matuszewski SLOWACKI I NOWA SZTUKA / SLOWACKI ET L’ART NOUVEAU qui prouvait la liaison idéologique et artistique profonde entre le romantisme de Slowacki et le néoromantisme de la Jeune Pologne. Sa philosophie génésique et ses œuvres de la période mystique réveillaient le plus vif intérêt et appréciation. Le Roi-Esprit est devenu le héros symbolique de la formation, interprété comme poète-visionneur, comme le Conscient qui cherche la vérité sur son élément divin, un individu éminent qui lutte contre le déterminisme biologique et social, une version romantique du surhomme de Nietzsche. Stanislaw Przybyszewski, Stanislaw Wyspianski, Wladyslaw Tetmajer, Tadeusz Micinski, Stanislaw Brzozowski, Jerzy Zulawski, entre autres, cherchaient l’inspiration chez Slowacki. Wincenty Lutoslawski, philosophe, analyste de Platon de renommée mondiale, le dernier constructeur du système métaphysique contenant l’idée messianiste, prenait comme référence la philosophie génésique de Slowacki. Il trouvait dans l’idée de Slowacki des éléments fondamentaux pour sa propre science: la notion de l’univers en tant qu’une réalité spirituelle, la foi en réincarnation, la conception de l’évolution en tant qu’un auto perfectionnement individuel. L’œuvre de Slowacki était patronne des institutions de renaissance nationale qu’il créait: la Société des Elses et les Forges de l’Education Nationale.

Les artistes groupés autour de bihebdomadaire de Poznan "Zdroj/La Source" se référaient également à l’œuvre de Slowacki, ils appelaient leur programme l’expressionnisme polonais.

La poésie de Slowacki inspirait plusieurs illustrateurs et peintres (entre autres Ferdynand Ruszczyc, Jan Matejko, Michal Elwiro Andriolli, Wojciech Gerson, Jacek Malczewski, Artur Grottger). L’opéra de Wladyslaw Zelenski GOPLANA était basé sur BALLADYNA (libretto Ludomil German), et le poème symphonique de Ludomir Rozycki - sur ANHELLI.

Après l’apogée de la Jeune Pologne des écrivains éminents, entre autres Jan Lechon, Wladyslaw Broniewski, Julian Przybos, Krzysztof Kamil Baczynski, Stanislaw Grochowiak, Ernest Bryll, Teodor Parnicki reconnaissaient toujours leur parenté spirituelle avec l’œuvre de Slowacki.

A la charnière des siècles a commencé également la carrière théâtrale des drames de Slowacki. Ils se trouvent jusqu’à nos jours au répertoire des théâtres, aussi bien professionnels que des groupes d’expérimentations et d’amateurs. Jozef Kotarbinski avait mis en scène des spectacles de KORDIAN (1899) et KSIADZ MAREK / LE PERE MAREK (1901) à Cracovie. En 1909, l’année du centenaire de la naissance de Slowacki, a eu lieu un festival de 10 drames et la scène de la Place du Saint Esprit avait reçu le nom de Slowacki. Dans les années vingt Leon Schiller avait préparé des mises en scènes monumentales dans de différentes villes de Pologne. En 1941 Mieczyslaw Kotlarczyk avait mis en scène KROL-DUCH / LE ROI ESPRIT au Tajny Teatr Slowa / Le Théâtre Clandestin de la Parole (plus tard Théâtre Rapsodique), où Karol Wojtyla avait fait ses débuts comme acteur. Après la guerre les spectacles mis en scène par Adam Hanuszkiewicz au Teatr Narodowy / Théâtre National de Varsovie se trouvaient parmi les réalisations les plus intéressantes.

Les oeuvres de Slowacki ont été traduites en plusieurs langues, entières ou en extrait.

Les éditions les plus importantes: "Dziela wszystkie / Œuvres complètes" vol. 1-17, Wroclaw 1952-76, élab. vol.1-11 Juliusz Kleiner, élab. vol. 12-17 Wladyslaw Floryan, "Korespondencja / Lettres", élaboration Eugeniusz Sawrymowicz, vol. 1-2, Wroclaw 1962-63.

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