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"Seweryn c'est confirmé comme acteur de grand talent. Un acteur qui possède cette force intérieure et ce charme personnel qui attirent l’attention et réveillent la sympathie des spectateurs. On n'a pas besoin d'être un prophète très perspicace pour lui prédire un bel avenir au théâtre. En cherchant la vérité et rien que la vérité il a joué Jakub d'une façon sincère et naturelle, avec une conviction ardente et la jeunesse des sentiments." (August Grodzicki, "Le bel art d'acteur", "Zycie Warszawy", 17 février 1970).Le théâtre Ateneum de Varsovie a donné à l’acteur la chance de jouer des rôles aussi bien dans les textes classiques - Iwan Szatow dans LES POSSEDES (BIESY) de Fiodor Dostoïevski (1971), DON CARLOS de Friedrich Schiller (1972) ou Gustaw dans LE MAGNETISME DES CŒURS (SLUBY PANIENSKIE) de Aleksander Fredro (1976), comme dans les pièces contemporaines – le garçon dans EN ATTENDANT GODOT (CZEKAJAC NA GODOTA) de Samuel Beckett (1971), l'apprenti II dans LES CORDONNIERS (SZEWCY) de Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1971), ou Delamarche dans L'AMÉRIQUE (AMERYKA) d'après Franz Kafka (1973).
"Seweryn interprète parfaitement ce rôle d'arriviste et d’opportuniste – dangereux et faible. Il provoque la peur et l'aversion et en même temps un sourire d’indulgence. Il reconstruit les Polonais de l'époque de la fin du régime de Gierek – des égoïstes." (Tomasz Lada, "Par marges vers le succès ", "Zycie", 29 septembre 2000).Dans LE CHEF D'ORCHESTRE (DYRYGENT) (1979) il a montré pour la première fois l'échelle de son talent. Son héros c'est
"un homme de grandes ambitions mais condamné à un ensemble moyen de province dépourvu non seulement du talent, mai aussi de culture. (...) Il s'agite, il attaque et il s'enfonce de plus en plus profondément; non seulement il perd, mais aussi – et c'est plus important pour un homme – il devient ridicule. Dans cette agitation il y a quelque chose de très humain et émouvant. Parce que, au fond, ce n’est pas un homme qui perd, c’est un homme que les autres détruisent. Ce dans cela que réside le tragique, bien que dans des dimensions prosaïques. Andrzej Seweryn est allé bien au-delà du schéma du personnage." (Aleksander Ledochowski, "V Symfonia", "Film" no 18/1980)De ses héros, représentants de la première génération mûre d’après guerre, parmi lesquels il faut compter aussi Marek dans KUNG-FU de Janusz Kijowski (1979), Bogdan dans LES QUESTIONS D'ENFANT (DZIECINNE PYTANIA) de Janusz Zaorski (1981) et le Capitaine Wirski dans L'HOMME DE FER (CZLOWIEK Z ZELAZA) de Andrzej Wajda (1981) on a dit qu’ils constituent
"le matériel, prêt au compromis et au conformisme, bon pour une canaille ou pour un homme assez bien, selon les conditions et les circonstances". (Maria Kornatowska, "Les meneurs de jeu et les amateurs", WAiF 1990)Vers la fin des années soixante-dix – comme il avoue lui-même – il commence à sentir une sorte de lassitude et de sentiment de devenir un acteur de routine. Le départ pour Paris est devenu l'occasion pour des changements, aussi bien dans sa vie personnelle comme professionnelle. La déclaration de l'état de guerre avait surpris Seweryn en France.
"Je considère le travail avec Brook comme la période de charnière. C’est à cette époque que j’ai cessé de jouer. J’ai commencé être." ("Je suis tout simplement un employé actif du cinéma", "Odra" no 10/1995)Seweryn doit à Brook la compréhension d'autres conventions et d'autres formes théâtrales et "la fusion en unité " du corps, des émotions et de la pensée.
"un bellâtre rusé et scabreux qu’un amant passionné, il est un cynique sensuel dont l’objectif principal est de contrôler les autres et non pas de vivre un amour, même pas d’avoir une aventure romantique ".Il enchantait la critique et le public de la Comédie Française entre autres comme TARTUFFE (SWIETOSZEK) et LE BOURGEOIS GENTILHOMME (MIESZCZANIN SZLACHCICEM) de Molière, Gajew dans LA CERISAIE (WISNIOWY SAD) d'Anton Tchekhov, Klaudiusz dans HAMLET de William Shakespeare, Président dans INTRIGUE ET AMOUR (INTRYGA I MILOSC) de Friedrich Schiller. Récemment il s'est fait admirer et estimer dans les rôles de Henri dans LE MARIAGE (SLUB) de Witold Gombrowicz (2001) et Shylock dans LE MARCHAND DE VENISE (KUPIEC WENECKI) de William Shakespeare (2001). A propos de ce dernier rôle le critique de "Le Monde" parisien écrivait:
"la virtuosité de cet acteur n'a jamais été aussi brillante comme dans ce rôle. [Seweryn] passe par tous les registres depuis la farce jusqu'à la tragédie avec la même perfection qu'il a pour parler en polonais, allemand, russe et anglais, dans le rôle de ce vautour triomphant. Ce Shylock sûrement n'est pas sympathique. Mais il est vivant."Ces essais comme metteur en scène ont été accueillis avec enthousiasme: LE MARIAGE FORCE (MALZENSTWO Z PRZYMUSU) de Molière (1999) et LE MAL COURT (ZLO KRAZY) de Jacques Audiberti (2000).
"C'était une grande démonstration de Seweryn. Il a construit un personnage très complexe: un cynique, assassin et en même temps un homme très malheureux, maltraité, dans son intérieur et l’extérieur. (...) Seweryn a construit ce rôle sur la façon de jouer caractéristique pour lui: très logique, froide, avec un précision mathématique." (Lukasz Wyrzykowski, "Grand spectacle de Andrzej Seweryn", "Dziennik Zachodni", 13 décembre 1989)Son rôle du protagoniste dans LE TAILLEUR (KRAWIEC) de Slawomir Mrozek (1997) était également impressionnant et surprenant:
"Seweryn rend le personnage de Mrozek encore plus désagréable, réveille la réflexion de la polysémie. L'acteur surprend avec tout – depuis la mimique jusqu’à la façon de marcher qui fait penser aux fourmis ou aux Japonaises qui marchent enchaînées par leurs kimonos. Seweryn est tout simplement tout à fait grand." (Tomasz Lada, "Par marges vers le succès ", "Zycie", 29 septembre 2000)Vers la fin des années quatre-vingt dix il a fait son retour triomphal au cinéma polonais. Son Jeremi Wisniowiecki dans PAR LE FEU ET PAR L'EPEE (OGNIEM I MIECZEM) de Jerzy Hoffman (1999)
"est une image dynamique d'un noble qui unit dans son sort le conflit moral entre les devoirs envers l'état et sa propre volonté." (Krzysztof Demidowicz, "L'attraction, la répulsion", "Film" no 4/2001).De son personnage du Juge dans MONSIEUR TADEE (PAN TADEUSZ) de Andrzej Wajda (1999) on a écrit que
"Seweryn a transformé le personnage peut intéressant de second plan en un portrait parfait d'un Polonais, emportant par sa polysémie – un homme d'une part maladroit, d'autre part un patron assidu, d'une part un rageur comme chez Fredro, d'autre part un joueur froid et calculateur." (Tomasz Lada, "Par marges vers le succès ", "Zycie", 29 septembre 2000).En 2000 Seweryn a interprété le rôle du cardinal Stefan Wyszynski dans le film de Teresa Kotlarczyk LE PRIMAS. TROIS ANS DE LE MILLENAIRE.
"L'acteur a joué le rôle le plus difficile de son parcours professionnel. Il a dû jouer l'homme qui vit toujours dans les esprits polonais. Un religieux, avec tout le mystère de la foi, montré dans des situations extrêmes et en même temps un politicien raffiné, conscient du risque d'un faux pas qui peut aboutir en tragédie – non seulement personnelle mais pour toute l'Eglise en Pologne. Le cardinal Wyszynski dans l'interprétation de Seweryn c'est avant tout un homme prudent et bon. L'acteur, comme son personnage, ne parlent pas beaucoup. Le spectateur ne reçoit pas de réponses claires. Il doit se douter en observant le visage apparemment inerte, infranchissable du cardinal de Seweryn et ses gestes tranquilles et pesés. L'acteur n'essaye pas de marcher sur le sacre, toucher le secret de la foi. Il montre un homme vénéré et maltraité à la fois – conscient de sa faiblesse et fort dans sa foi et sa raison." (Tomasz Lada, "Par marges vers le succès ", "Zycie", 29 septembre 2000)Seweryn est considéré comme un acteur de talent, audacieux et extrêmement travailleur ...
"Le travail c’est le domaine omniprésent, omnipotent de ma vie." ("Je suis un scout ingénu ", "Film" no 1/1995)Les exercices laborieux physiques et de diction sont à la fois un plaisir et un devoir. Il vit dans le sentiment d’une imperfection continue. D’autre part la sentimentalité d’un garçon qu’il reconnaît ouvertement lui donne un regard toujours frais sur la réalité qui l’entoure.
"Mon ingénuité et infantilisme s’expriment avant tout par le fait que j’ai cessé de faire semblant d’être plus instruit que l’auteur du texte. Je ne le traite plus comme prétexte pour exprimer mes convictions. Aujourd’hui j’essaie avant tout de comprendre pourquoi l’auteur avait écrit d’une telle ou telle façon la phrase concrète. Je ne veux pas préconiser, je veux poser des questions. Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est le dialogue, la rencontre avec l’homme et non pas avec un mannequin parfaitement instruit." ("Je ne pense pas préconiser, je veux poser des questions", "Dziennik Baltycki", 24-26 décembre 1993)Son atelier et sa perfection fait de ses rôles des créations de plus haut rang.
"On ne peut pas définir cette profession. Ce n'est pas le côté intellectuel qui garantit le succès d'un acteur. Au contraire, souvent il dérange. C'est une profession pleine de contradictions. N'est-il pas mystérieux que le public se tait en voyant un acteur et ne se rend même pas compte de l'entrée d'un autre. Mon ABC de l'acteur c'est le texte de Hamlet: 'Mettez l’action d’accord avec la parole, la parole d’accord avec l’action, en vous appliquant spécialement à ne jamais violer la nature; car toute exagération s’écarte du but du théâtre qui, dès l’origine comme aujourd’hui, a eu et a encore pour objet d’être le miroir de la nature'. Le travail fait en pensant aux autres est la condition de bonne exécution de la profession. Il constitue pour moi une sorte de religion." ("Je ne pense pas préconiser, je veux poser des questions", "Dziennik Baltycki", 24-26 décembre 1993)En 2001 a paru un livre de Teresa Wilniewczyc sur Andrzej Seweryn, la première monographie de l’acteur.
