Ecrivain, peintre, dessinateur, graphiste. Né en 1892 à Drohobycz, mort tragiquement à la même ville en 1942.
Bruno Schulz est né à Drohobycz, une petite ville en Ukraine occidentale, non loin de Lvov. Il a passé là presque toute sa vie. Il n’aimait pas quitter Drohobycz. S’il quittait sa ville natale, il le faisait sporadiquement et pour peu de temps. Il la considérait comme le centre du monde, l’observait attentivement et s’est révélé son "chroniqueur" excellent. Son œuvre, aussi bien littéraire que graphique, était saturée d’accents de Drohobycz. Sur les pages de ses récits on peut trouver les descriptions des rues principales et des bâtiments caractéristiques de la ville, ainsi que les images de ses habitants.
Le patrimoine artistique de Schulz est assez modeste en quantité, mais très riche en qualité – en ce qui concerne la problématique traitée. Elle compte deux volumes de récits -
SKLEPY CYNAMONOWE / LES BOUTIQUES DE CANNELLE et
SANATORIUM POD KLEPSYDRA / LE SANATORIUM AU CROQUE-MORT, en plus quelques récits qui n’étaient pas inclus par l’auteur à la première édition de ses recueils. Il faut y ajouter un ensemble de lettres extrêmement intéressantes, publié dans le
KSIEGA LISTÓW / LIVRE DE LETTRES et les "esquisses critiques" (surtout des critiques des œuvres littéraires, publiées dans la presse), recueillies il y a peu de temps dans un volume à part.
Schulz-écrivain est né de Schulz-expéditeur des lettres aux amis. Zofia Nalkowska, une amie de Schulz (il lui rendait souvent des visites à Varsovie) a joué le rôle essentiel dans cette transformation du modeste professeur des travaux manuels en artiste. Pour trouver une meilleure expression pour sa vision du monde et pour son imagination, il a enrichi la narration, les descriptions, il a introduit des personnages, il s’est servi d’un langage plus expressif, plein d’anachronismes, régionalismes et métaphores, de façon que l’on lit cette prose à plusieurs trames et multiples niveaux avec un intérêt croissant. La fascination à niveau mondial pour l’œuvre littéraire de Schulz se confirme dans la quantité des traductions, des commentaires et des analyses professionnelles, ainsi que dans les œuvres de belles-lettres dans lesquelles l’auteur même des
SKLEPY CYNAMONOWE / LES BOUTIQUES DE CANNELLE est le héros principal (p.ex. dans un court récit de l’auteur américaine, Cynthia Ozick,
MESJASZ ZE SZTOKHOLMU / LE MESSIE DE STOCKHOLM). Parmi les amateurs de sa prose se trouvent entre autres: Bohumil Hrabal, Danilo Kis, John Updike.
Le personnage principal de ses récits est Joseph – le porte-parole de l’auteur; à son côté se trouve le vieux Jacques – le père du personnage principal qui correspond au vrai père de l’écrivain. Jacques est un personnage très pittoresque – conteur, démiurge, créateur d’un monde dominé par la matière, il a un don fabuleux de se transformer en êtres différents. Parfois il paraît démiurge mais il suffit qu’il se retrouve à côté d’une jeune femme et il oublie ses dons surnaturels en succombant à ses charmes. De cette façon l’homme qui constitue chez Schulz la personnification de la force intellectuelle, se rend à la grâce de la femme qui est pour l’écrivain l’équivalent de la matière, de ce qui est pratique, concret et non pas poétique ni artistique. De cette façon naît également un lien érotique entre les représentants des sexes opposés. En général la femme devient finalement chez Schulz une métaphore de la vision apocalyptique, la vision du monde dominé par le pragmatisme et non pas par l’art. Cette interprétation, une parmi d’autres possibles, ne prend pas en considération autres façons de lire la prose de Schulz (p.ex. dans l’esprit de psychanalyse, la Cabale, le post-modernisme ou bien, récemment, le féminisme).
Avant que l’artiste s’occupe de la littérature, il a pratiqué, avec succès, les arts graphiques (il était autodidacte; il n’a pas terminé les études à l’école polytechnique qu’il avait commencé à Lvov et à Vienne). Il a fait une série de gravures de thèmes sado-masochistes XIEGA BALWOCHWALCZA (vers 1920), avec une technique rarement utilisé de cliché verre. Les travaux de cette série ont été bien estimés d’abord par
Stanislaw Ignacy Witkiewicz, il a inclut leur auteur au groupe des "démonologues". Ils présentent dans la plupart des cas – et de façon grotesque – les femmes qui dominent les hommes qui acceptent leur rôle subordonné, adorent les femmes de toutes les façons possibles et finalement érigent des autels à leur honneur. Le sadisme féminin est lié ici au masochisme masculin.
Schulz est aussi l’auteur des dessins qui illustrent la première édition de
FERDYDURKE (1938) de
Witold Gombrowicz (il était parmi les premiers admirateurs de ce roman) et des illustrations pour ses récits du volume
SANATORIUM POD KLEPSYDRA / SANATORIUM AU CROQUE-MORT. Il a laissé plusieurs dessins de caractère et destination différents (en partie ce sont des études au crayon et des croquis pour les gravures ou bien des travaux liées avec les thèmes présents dans la prose; l’ensemble le plus grand – plus de trois cents pièces - se trouve au Muzeum Literatury im. Adama Mickiewicza / Musée de la Littérature A.Mickiewicz à Varsovie).
Par contre les informations sur les travaux dans le domaine de peinture de l’auteur des
SKLEPY CYNAMONOWE / LES BOUTIQUES DE CANNELLE pendant plusieurs années n’arrivaient que sporadiquement, surtout dans les mémoires de sa famille et ses amis et á travers quelques photographies peu nombreuses. Une composition originelle n’est apparue à la vente aux enchères des œuvres d’art qu’en 1992, l’années déclarée par UNESCO comme année de Bruno Schulz (à l’occasion de la 100ème anniversaire de sa naissance et 50ème anniversaire de la mort de l’artiste. Aujourd’hui cette oeuvre est connue sous le titre qui lui a été donné pendant l’expertise commerciale (l’auteur n’a pas donné de titre á plusieurs de ses oeuvres
XIEGA BALWOCHWALCZA est une exception de ce point de vue):
SPOTKANIE. ZYDOWSKI MLODZIENIEC I DWIE KOBIETY W ZAULKU MIEJSKIM / LA RENCONTRE: JEUNE JUIF ET DEUX FEMMES DANS UN RECOIN DE LA RUE (1920). Elle constitue une des versions du motif souvent repris par l’artiste: la rencontre de deux mondes, deux sphères de la réalité en conflit, personnifiées par la femme et l’homme. L’opposition de deux parties est soulignée entre autres par la division de l’espace et par les solutions costumologiques: le jeune chassid (les bouclettes, la lévite, le chapeau à grande passe) s’incline, comme ça se passe souvent chez Schulz, dans une humble révérence devant deux dames aussi jeunes que lui, vêtues en costume de style art déco. La scène se déroule sur le fond de la vue d’un petit village. Le tableau fait preuve de la main habile et témoigne la grande expérience artistique de l’auteur. Grâce à un modelage habile des blocs, utilisation de l’espace, le goût chromatique, on peut considérer Schulz comme un des peintres les plus intéressants de la période d’entre les guerres. On peut ajouter également la sensibilité aux tendances récentes ou nouvelles dans l’art (l’expressionnisme allemand, le formisme, le surréalisme) dont les réminiscences transformées on peut trouver dans cette composition. La découverte inattendue de la
SPOTKANIE / RENCONTRE permet espérer la chance de connaître d’autres peintures de cet artiste, si les circonstances s’y prêtent. Le tableau a été présenté pour la première fois par le Musée de la Littérature à l’exposition
AD MEMORIAM. BRUNO SCHULZ 1892-1942, organisée en 1992 à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance et 50ème anniversaire de la mort de Schulz. Le catalogue en deux parties de cette exposition comprend les informations les plus complètes sur la totalité de l’œuvre de l’auteur des
SKLEPY CYNAMONOWE / LES BOUTIQUES DE CANNELLE.
L’expressivité du monde présenté par Schulz – dans la prose ou dans les arts graphiques – a provoqué un intérêt toujours croissant non seulement pour son œuvre, mais aussi pour sa biographie – reconstruite il y a plusieurs années par Jerzy Ficowski á partir des souvenirs de sa famille et ses amis et cependant toujours pleine de mystères. Par exemple, on ne sait toujours pas si le roman "Mesjasz(Le Messie)" dont l’écrivain parle dans ces lettres, a été écrit. De toute façon jusqu’à maintenant on n’en a pas trouvé une trace.
L’année 2001 a apporté la solution d’un des mystères: les peintures murales faites peu avant sa mort tragique dans la "villa de Landau" (le 19 novembre 1942 l’écrivain a été fusillé par un officier de la Gestapo dans une rue de Drohobycz) ont été découvertes (et photographiées) par un cinéaste allemand, Benjamin Geissler, bien que pendant presque cinquante années soient considérées comme détruites. Malheureusement elles ont été détruites également après la découverte, quand les représentants de l’Institut de la Mémoire Yad Vashem israélien en ont sorti de l’Ukraine en cachette de grands fragments (les morceaux restants ont été transmis au musée "Drohobyczyna"de Drohobycz; en Pologne ils ont été présenté pour la première fois en 2003 à Varsovie, à Wroclaw et à Gdansk dans l’exposition
REPUBLIKA MARZEN / LA REPUBLIQUE DES REVES, préparée par l’Agence Kontakt de Gdansk et le Musée de la Littérature de Varsovie).
Le scandale international provoqué par cet événement ressemblait aux liaisons de Schulz avec Drohobycz, une ville qui, grâce à lui, se trouve sur la liste des "lieux magiques", à côté de Dublin, Prague ou Trieste, perpétués sur les pages des chefs d’œuvres de la littérature mondiale. Les anniversaires suivants (en 2002 110ème anniversaire de la naissance et 60ème anniversaire de sa mort) ont animé l’intérêt pour son œuvre. A cette occasion ont paru de nouvelles éditions de:
KSIEGA LISTÓW / LIVRE DES LETTRES et
"REGIONY WIELKIEJ HEREZJI" I OKOLICE / "LES REGIONS DE LA GRANDE HERESIE" ET SES ALENTOURS de Jerzy Ficowski ainsi que la première éditions du grand "Thesaurus de Bruno Schulz".
Malgorzata Kitowska-Lysiak Instytut Historii Sztuki Katolickiego Uniwersytetu Lubelskiego janvier 2003 | |