Peintre et graphiste actif en Pologne et en France, représentant du postimpressionnisme. Né en 1884 à Stanislawow, mort en 1942 à Auschwitz.
Il a commencé son éducation artistique dans les années 1904-1911 à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, au début sous la direction de F. Cynk, plus tard dans l’atelier graphique de
Jozef Pankiewicz. Il a perfectionné son atelier à Paris dans les années 1908-1909. Il a approfondi ses études à Akademie für Graphische Künste und Buchgewerbe à Leipzig, après il a continué à l’Académie Colarossi à Paris où il s’est installé en 1911 pour plusieurs années. Il se trouvait parmi les fondateurs de la Société des Artistes Polonais à Paris, constituée en 1911. En 1915 il est devenu membre de la Société Polonaise Littéraire et Artistique. Leopold Zborowski, un marchand d’art parisien très renommé s’occupait de la promotion de son art. En 1917 il a ouvert à Paris sa propre école des arts graphiques, il encourageait Wladyslaw Skoczylas et Franciszek Prochasko à dominer les techniques graphiques. Il cherchait les motifs des ses œuvres pendant ses séjours à Rouen et à Chartres, dans les villages de Normandie, de la Bretagne et du sud de France, pendant les voyages en Italie, au Pays Bas et en Espagne. Après son retour à Cracovie il a entrepris le travail pédagogique à l’Ecole Libre de la Peinture et du Dessin de Ludwika Mehoffer; les arts graphiques étaient là son domaine principal. Dans les années 1931-1932 il occupait le poste d’assistant à la faculté des arts graphiques à l’Académie des Beaux-Arts, dirigée par Jan Wojnarski. Il était membre de la Société des Artistes Polonais "Art" avec laquelle il a exposé à Budapest (1910), à Cracovie (1911) et à Varsovie (1912, 1923); il a participé également aux expositions du groupe des
FORMISTES organisées à Cracovie (1917), à Lvov (1918) et à Paris (1922). En 1925 il était un des fondateurs de la Guilde des Artistes Graphistes "Unicorne (Jednorog)" qui représentait l’orientation coloriste, il a participé aux présentations du groupe à Cracovie (1925/1926), à Lodz (1926), à Lvov (1926/1927, 1929) et à Varsovie (1932). Il a été honoré avec la Grande Médaille d’Argent à l’Exposition Nationale Universelle à Poznan en 1929. Dans les années 30 du XX ème siècle il collaborait avec la Société des Amis des Beaux-Arts de Cracovie où il remplissait des fonctions de caractère organisationnel. C’était aussi le lieu de son début artistique en 1908 et sa première exposition individuelle en 1913, la suivante présentation individuelle a eu lieu en 1915 à la Société des Artistes Polonais à Paris. En 1912 il a présenté ses gravures avec Leopold Gottlieb à la Société des Amis des Beaux-Arts à Lvov. Le public de Varsovie a pu voir ses œuvres à la Société pour l’Encouragement des Beaux-Arts Zacheta (1911) et à l’Institut de la Propagande de l’Art (1930). Il a exposé beaucoup à Paris en participant au Salon d'Automne (1911-1913) et au Salon Indépendant (1912), en présentant son œuvre à la Galerie Barbazagnes (1920) et à la Galerie du Musée Crillon (1921, 1922, 1924). Il a participé également à l’exposition des artistes polonais habitant à Paris organisée en 1912 à Barcelone à la Galerie José Dalmau. Il s’est fait connaître sur la scène artistique parisienne comme participant aux expositions de la Société de Artistes Polonais à Paris (1914-1917), de l'Association France-Pologne (1924-1925), de l’Association des Artistes Graphiques Polonais (1927) et de l’Art et Artistes polonais (1932). Les gravures à l’eau-forte de l’artiste ont été estimées par la critique à la X Biennale à Venise (1914). Il a exposé son œuvre aussi à Vienne, à Helsinki, Prague, Bruxelles et Buffalo.
La peinture de Rubczak était étroitement liée au postimpressionnisme français lancé sur le terrain polonais par Pankiewicz. Sous l’influence du maître ont été créés les natures mortes de l’artiste, soigneusement arrangées sur le fond des tissus décoratifs, unissant harmonieusement la linéarité délicate des contours avec la sensibilité chromatique. Pendant la période française les modulations subtiles de la tâche chromatique de contours coulants reflétaient passagèrement l’esthétique du synthétisme propagée par l’école de Pont-Aven (
PEJZAZ Z POLUDNIA FRANCJI / PAYSAGE DU SUD DE FRANCE, 1911). La gamme intensifiée de couleurs de provenance fauviste représentait suggestivement l’atmosphère ensoleillée des tableaux peints au sud de la France. Les prises en perspective, caractéristiques pour les paysages de Rubczak, attiraient les yeux du spectateur profondément dans le fond sans perdre en même temps la discipline de composition et le rythme intérieur observés dans la peinture de Cézanne. Ces tableaux, soumis souvent aux règles de l’esthétique japonisante acquéraient une valeur décorative (
WYBRZEZE MORSKIE POD ST. TROPEZ / LA COTE PRES DE ST TROPEZ, vers 1920). La désinvolture de la touche du pinceau libérait parfois les tâches chromatiques de la domination des contours mais la tectonique des blocs architectoniques synthétisés et des masses différenciées de la verdure restait stable (
WIDOK MIASTA WE FRANCJI / VUE D’UNE VILLE EN FRANCE). Les troncs et les branches d’arbres au premier plan se dessinaient clairement en voilant les plans éloignés comme dans un treillis japonais (
W PELNYM SLONCU / EN PLEIN SOLEIL, 1914-1915). Les moyens d’expression de Rubczak évoluaient progressivement vers un réalisme modéré sans se priver de l’esthétique chromatique (
PLAC ZAMKOWY W WARSZAWIE / LA PLACE DU CHATEAU A VARSOVIE). Dans sa peinture des années 30 apparaissent des motifs industriels, des vues partielles des mines, puits de pétrole et du chemin de fer, les motifs marins ont acquis de l’importance (
PEJZAZ NADMORSKI / PAYSAGE MARIN, vers 1932).
L’œuvre de Rubczak constitue un apport important au développement de la graphique polonaise originelle; l’artiste est devenu maître de la gravure à l’eau-forte et de l’aquatinte. Ses conventions de l’image graphique étaient proches au langage graphique monochromatique de Pankiewicz; son atelier et les moyens d’expression, comme chez Pankiewicz, se sont formées sous l’influence de l’œuvre de Whistler. Dans l’œuvre graphique de Rubczak dominent les motifs architectoniques, souvent plongés dans l’obscurité de la nuit, voilés par le crépuscule, évoquant des ambiances nostalgiques. L’artiste a présenté l’entrée à l’église de Ste Barbara en plusieurs variantes de composition en jouant avec maîtrise les contrastes de clair-obscur enrichis par la tonalité bleuâtre et verdâtre de la tinte. Le sfumato obscur enrobe dans ses gravures les murs de vieilles maison normandes et des villages polonais (
SPICHLERZ W KAZIMIERZU POD WARSZAWA / LE GRENIER A KAZIMIERZ PRES DE VARSOVIE, 1909). Le motif du rideau composé des troncs d’arbres à travers lequel s’entrevoient les constructions lointaines a été emprunté par Rubczak des xylographies de Hokusai et Hiroshige. La composition décorative des branches tordues voile les blocs des églises dans les gravures parisiennes à l’eau-forte de l’artiste. Le réseau touffu des branches noires domine la zone de ciel dans les jardins fruitiers présenté par Rubczak. La dynamique de conduite des lignes végétales, une fois grosses et noueuses, une fois délicates et cassables, s’agrandie par rapport à la fluidité des tâches de soleil qui se couchent sur l’herbe et les bourgeons printaniers.
Sur les gravures présentant les bâtiments des villages bretons du XVII ème siècle l’artiste contraste les surfaces blanches des façades ensoleillées avec les tâches d’ombre profonde obtenues à l’aide de la densité des lignes (
DOMY Z XVII WIEKU W BRETANII / LES MAISONS DU XVII ème SIECLE EN BRETAGNE, vers 1908). Il a continue la tradition de Whistler en appliquant les tonalités marronnes de la peinture et en différenciant la chromatique du papier utilisé pour imprimer la même matrice. Dans les gravures à l’eau-forte représentant les vues de Paris et de Rouen domine l’effet de l’ambiance vibrante obtenu grâce à l’aquatinte à gros grains (
ULICA W PARYZU / UNE RUE A PARIS, vers 1908). Le trait caractéristique de plusieurs compositions de l’artiste est la clôture de la rue qui s’échappe vers le fond avec la façade d’une église dont la tour s’élève brusquement sur le fond d’un bout de ciel (
KATEDRA W ROUEN / LE CATHEDRAL DE ROUEN, vers 1912). Le motif des rues étroites permet de suivre de près l’évolution stylistique de l’œuvre graphique de Rubczak qui consiste en abandon progressif des formes définies avec un contour précis et des accents de la différenciation des effets de facture en faveur de la marcation des formes avec un trait laconique, mou, déchiré, qui suggère plutôt, au lieu de décrire, la réalité visuelle. Dans ces transformations stylistiques se voit le désir de perpétuer les impressions fugaces de l’œil et les variations des phénomènes atmosphériques, d’attraper les vibrations de la lumière et la mobilité des ombres (
SCHODY NA MONTMARTRE / LES ESCALIERS DE MONTMARTRE, ok. 1912). Rubczak, comme Pankiewicz, a dessiné les vues des ponts parisiens en nombreuses variantes. Dans les vues de la Seine les nuances grises reflètent l’ondulation de l’eau et les reflets clignotant sur la surface. La vue du château de Wawel (
WAWEL, vers 1913) irréalise les pulsations de la matière graphique; la silhouette puissante du château s’entrevoit ici à travers le rideau de l’aube céleste.
Irena Kossowska Instytut Sztuki Polskiej Akademii Nauk mars 2004 | |