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02.09.2010

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biographies
arts visuels
ROMAN OPAŁKA
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Peintre, dessinateur. Né en 1931 à Abbeville (France).

Roman Opalka est aujourd’hui l’un des artistes polonais les plus connus à l’étranger. Peintre et auteur d’installations hors du commun, envisageant d’une manière très particulière le thème de la "vanité", où les éléments visuels harmonisés (images et autoportraits photographiques) jouent un rôle aussi important que les éléments sonores (notamment, la voix de l’artiste lisant les chiffres figurés sur ses toiles).

Durant la IIe Guerre Mondiale, Opalka et sa famille résidaient en Allemagne. À la fin de la guerre, il put retourner en France, avant d’être rapatrié en Pologne l’année suivante. Il quitta de nouveau le pays en 1977. Depuis lors, Roman Opalka vit et travaille en France.

En 1949 et 1950, l’artiste a suivi les cours de l’École Nationale Supérieure d’Arts Plastiques de Lodz (PWSSP à l’époque, désormais: ASP), puis il a poursuivi sa formation à l’Académie d’Arts Plastiques de Varsovie, de 1950 à 1956. Tout au long de ses études, et jusqu’en 1958, il réalisa des travaux personnels dans une veine réaliste (dessin et peinture). Puis, au tournant des années 50. il s’intéressa - comme beaucoup d’autres artistes - à la "peinture de la matière".

Avec une intuition remarquable, il entreprit de créer des compositions monochromatiques, dont la facture frappait autant par son raffinement que par sa force d’expression. Parallèlement, Opalka se livrait à des recherches chromatiques dans une série de dessins abstraits. Par la répétition de monotypes, il y étudiait les gradations de couleurs progressivement blanchies. Dans d’autres dessins, à l’encre, il remplissait toute la surface par des combinaisons de figures géométriques et de leurs dérivés: caillebotis, formes rhomboïdales, etc. L’artiste interrompit ses recherches dans le domaine de la facture, afin d’explorer plus avant de telles combinaisons: elles dominèrent son activité artistique, générant plusieurs cycles de travaux à un rythme très tenu (CHRONOMY, 1961-63, puis FONEMATY, 1963-64, dans une convention bicolore gris-noir). Cette période ne fut pas univoque, puisque Roman Opalka y réalisa également ses premières toiles marquées par les lettres successives de l’alphabet grecque, dont les surfaces furent modelées en relief avec un large riflard (LAMBDA, KAPPA, KHI etc.). Les différents travaux de l’artiste sont alors déterminés par des fragmentations horizontales rigoureuses: ses installations (le cycle PODUSZKOWCE, par exemple, réalisé avec de la toile, des lattes et des plumes, 1963-64; ou INTEGRACJE / INTEGRATIONS, une composition en bois 1964-66), mais aussi ses œuvres graphiques, très appréciées et couronnées de maints prix (comme OPISANIE SWIATA / DESCRIPTION DU MONDE, 1968-70).

Toutes ces réalisations témoignent d’une période d’expériences et d’expérimentations, de la recherche, pour Opalka, d’un langage artistique propre: il suffit de mentionner que la première exposition individuelle des œuvres de l’artiste n’eut lieu que 10 ans après la fin de ses études - en 1966. Et le moment d’une cristallisation artistique ne devait advenir qu’encore plus tard, au début de la décennie suivante. Opalka avait repris dans son travail un principe élaboré en 1965, et ce principe y devint prédominant: celui de l’harmonie et de la systématisation permanente, selon "l’idée du comptage progressif ". Dès lors, chacun de ses dessins (DETALE / DETAILS, KARTKI Z PODROZY / CARTES DE VOYAGE) et chacune de ses toiles (OBRAZY LICZONE / TABLEAUX COMPTES) devient une notation linéaire des moments successifs du temps qui passe. Chaque "note" est faite avec du pigment blanc sur un espace de fond gris, lequel est à chaque fois éclairci d’un pour cent, jusqu’à parvenir à une note blanche sur fond blanc. Parallèlement, Opalka mène deux autres travaux: il récite, pour l’enregistrer sur un support audio, la succession des chiffres, et, simultanément, il commence à photographier son propre visage à intervalles réguliers. En exposition, ces trois éléments se combinent en une sorte d’environnement. La réception par le public d’une telle entreprise (aux racines conceptualistes) est largement stimulée par les déclarations de l’artiste lui- même, qui affirme que son but est d’identifier l’art à la vie. La détermination d’Opalka à poursuivre son idée souleva toujours autant d’admiration que de rejet. Il suffit d’évoquer ici les opinions contraires de deux critiques polonais: Bozena Kowalska, admiratrice fervente de son art, considère Opalka comme un personnage extraordinaire, tandis qu’Andrzej Oseka affirma il y a déjà longtemps qu’un annuaire téléphonique, lui aussi bourré de chiffres, était beaucoup plus intéressant que les travaux de cet artiste. Cependant, c’est justement la conception tout à fait individualiste de sa production - et l’exploitation de sa propre image et de sa voix, l’une et l’autre altérées par le temps, l’élève au rang d’un message universel, sorte de memento mori moderne -, qui assura à Roman Opalka un succès international (succès commercial, aussi, l’artiste ayant déjà vendu des toiles avant même de les créer).

Opalka est lauréat de maints prix internationaux. Ses premiers lauriers lui furent attribués pour les œuvres graphiques du cycle OPISANIE SWIATA (Grand Prix de la 7e Biennale Internationale d’Arts Graphiques à Bradford, pour une gravure à l’eau-forte: ADAM I EWA, 1968; Grand Prix de la 3e BIENNALE INTERNATIONALE D’ARTS GRAPHIQUES à Cracovie, 1969). Ce fut lors d’une exposition à Londres, dans la Galerie William Weston en 1972, qu’il rompit définitivement avec sa première période: afin d’être bien compris, il étala toutes ses anciennes gravures sur le plancher et accrocha au mur - en tant que seule œuvre digne d’attention - une toile nouvelle, appartenant au cycle OBRAZY LICZONE. Par cette démonstration, Opalka inaugura une nouvelle voie artistique, sur laquelle il continue toujours d’avancer. Le peintre a également reçu le Prix de la Critique Artistique C. K. Norwid (1970), il a pris part, entre autres, à la Biennale de Sao Paulo (1969 et 1977), à la Documenta de Kassel (1977), et fut le représentant de la Pologne lors de la Biennale de Venise (1995).

Malgorzata Kitowska-Lysiak
IInstitut de l’Histoire de l’Art, Université Catholique de Lublin
Chaire de Théorie de l’Art et d’Histoire des Doctrines Artistiques
janvier 2003
 

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