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"Pour moi les créations de Swinarski et de Kantor étaient et le sont toujours, des évènements psychiques. Et plus concrètement 'la Liberation' et 'La Classe Morte' - disait le metteur en scène (Teatr 1979, no 15).Un auteur important pour Lupa fut Carl Gustav Jung.
"Si l'on peut parler de mon maître, c'est sûrement Jung" - disait Lupa. - "C'est le penseur qui m'avait expliqué le plus. Il est psychologue, psychiatre, il est philosophe, mais, comme l'avait dit Jerzy Prokopiuk dans une de ses introductions, Jung est le gnostique du XXème siècle. Il est aussi maître du chemin, non seulement maître de la vérité, mais aussi maître du chemin vers la vérité." ("Notatnik Teatralny" 1993, no 6)Lupa a débuté au théâtre en 1976, il a préparé RZEZNIA / l'ABATTOIR de Slawomir Mrozek au Théâtre Juliusz Slowacki à Cracovie. Comme travail de diplôme il a choisi NADOBNISIE I KOCZKODANY / LES JOLIES ET LES GUENONS de Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1977), le texte, sur lequel il a déjà travaillé auparavant. Il avait présenté ce drame pendant les examens d’entrée à l'école théâtrale.
"C'est un des meilleurs spectacles de Witkacy qui ont été présentés sur nos scènes" - écrivait après la première P. Kaminski. - "Lupa a renoncé complètement au style féerique maniériste qui nous hantait pendant plusieurs années dans les mises en scène de ces drames, il a fait un spectacle à la fois gai et tragique, sobre dans sa forme et transparent dans la pensée." ("Literatura" 1977, no 13)Après le diplôme Lupa s'est engagé au Théatre C.K. Norwid à Jelenia Gora où il a de nouveau mis en scène NADOBNISIE I KOCZKODANY (1978) et deux fois encore a pris les drames de Witkacy, il a mis en scène PRAGMATYSCI / LES PRAGMATISTES (1981) et MATHIEU KORBOWA ET BELLATRIX (1986).
"Lupa ne lit pas les drames de Witkiewicz, comme on le fait le plus souvent, dans la perspective des totalitarismes du XXème siècle, mais dans le contexte des transformations culturelles de la fin de ce siècle" - écrivait Grzegorz Niziolek. - "On ne le considère pas comme un dramaturge avant-gardiste, il cherche dans ses œuvres une forme particulière de réalisme (la grotesque comme un trait de la réalité, non pas de la création), dans les situations inter humaines inscrites dans les drames, il s'intéresse aux symptômes des changements anthropologiques, et non pas politiques. Witkacy représente un modèle d'artiste proche pour Lupa, artiste qui cherche la façon de s'exprimer dans des formes différentes de l'art (drame, théâtre, roman, peinture, dessin), et qui considère l'acte de l'expression artistique comme un acte total, qui engage en même temps le subconscient et les expériences les plus personnelles de l'artiste." ("Le sosie et l'utopie. Le théâtre de Krystian Lupa", Cracovie 1997)En même temps Lupa présente à Jelenia Gora aussi, entre autre: ZYCIE CZLOWIEKA / LA VIE DE L'HOMME de Leonid Andreyev (1977), MATKA / LA MERE de Stanislaw Przybyszewski (1979), PIESZO / A PIED de Slawomir Mrozek (1982), LE MARIAGE de Witold Gombrowicz (1984). Avant, en 1978 il a mis en scène au Théâtre Stary à Cracovie IWONA KSIEZNICZKA BURGUNDA / YVONNE PRINCESSE DE BOURGOGNE de Gombrowicz. Les critiques soulignaient alors que Lupa s'intéresse au théâtre surtout aux relations inter humaines qu'il présente sur scène à travers d'un jeu psychologique subtilement modulé avec accent sur les motivations complexes des personnages. On soulignait qu'il compose les scènes avec beaucoup de précision et il sait parfaitement interpréter les moments de silence ou bien répéter consciemment et intentionnellement certaines séquences et ralentir l'action, expérimenter avec le temps au théâtre. A cette époque-là il a présenté ses deux propres pièces - PRZEZROCZYSTY POKOJ / LA CHAMBRE TRANSPARENTE (1979) et KOLACJA / LE SOUPER (1980).
"Les deux spectacles sont des manifestations satiriques, les deux avaient des trames auto thématiques" - écrivait Grzegorz Niziolek. - "Le théâtre de Lupa, une fois libéré de la littérature, montre sa forme la plus limpide: le théâtre sans affabulation, théâtre des situations inter humaines et des états psychiques hypnotiques." ("Le sosie et l'utopie. Le théâtre de Krystian Lupa", Cracovie 1997)Dans le carnet pour ces spectacles on pouvait lire: "scénario - Krystian Lupa et la création collective de l'ensemble des acteurs". Déjà à Jelenia Gora le travail de Lupa avec l'acteur est devenu spécifique et ceci non seulement pour ses propres drames. Ses collaborateurs de l'époque appellent cette façon de créer le spectacle comme essais de laboratoire.
"Krystian m'a appris tout de suite la chose la plus importante - le théâtre c'est quelque chose de plus que la démonstration, la façon de se présenter, quelque chose de plus que l'envie de satisfaire sa propre vanité" - disait Piotr Skiba qui travaille avec Lupa depuis les temps de Jelenia Gora. - "Le théâtre doit constituer le pont vers le monde de la spiritualité. (...) Lupa ne fait pas de théâtre de situation. Il guide plutôt l'acteur par l'affaire, le sujet, la tâche. La situation c'est quelque chose pour la fin, la dernière." ("Notatnik Teatralny" 1999, no 18-19)Depuis 1980 Krystian Lupa travaille avec le Théâtre Stary à Cracovie où il a crée ses meilleurs spectacles. Il a commencé par POWROT ODYSA / LE RETOUR d'ULYSSE d'après Stanislaw Wyspianski (1981), le drame auquel il est retourné de nouveau en 1999 dans la réalisation au Théâtre Dramatyczny de Varsovie. Au Théâtre Stary il a pris pour la première fois la littérature autrichienne. L'inspiration pour le spectacle d'auteur MIASTO SNU / CITE DE REVE (1985) c'était le roman d'Alfred Kubin l'AUTRE COTE. En 1988 Lupa a mis en scène MARZYCIELE / LES REVEURS de Robert Musil, un spectacle où il parle de la chute des idéaux et d'un homme qui cherche tout le temps son identité.
"Dans le spectacle de Lupa, comme chez Musil, l'homme est un être étrange et inconnu" - écrivait Bozena Winnicka. - "Il y arrivent des choses incompréhensibles. Des intentions et des actes, des sentiments et des pensées, des ravissements et des peurs se trouvent dans un mouvement continu." ("Zycie Literackie" 1988, no 15)Lupa a retrouvé Musil deux ans plus tard en adaptant pour la scène une grande œuvre épique de cet auteur - un roman essayiste et philosophique CZLOWIEK BEZ WLASCIWOSCI / L'HOMME SANS QUALITES. Il a préparé le spectacle ESQUISSE DE 'l'HOMME SANS QUALITES' de ROBERT MUSIL comme spectacle de diplôme avec les étudiants de la faculté des acteurs de l'Ecole Théâtrale de Cracovie. Une autre adaptation du roman autrichien c'était le spectacle inspiré par la prose de Rainer Maria Rilke MALTE ALBO TRYPTYK MARNOTRAWNEGO SYNA / MALTE OU LE TRIPTYQUE DE L'ENFANT PRODIGUE (1991).
"Comment s'exprime l'amour pour l'homme, qui me touche tellement dans ce spectacle (...)?" - demandait Andrzej Wanat. - "Dans la perspicacité pleine de tendresse. Dans l'acceptation de l'homme avec toute sa laideur, le ridicule, l'animalité et tous les tons faux, les apparences imposées à la nature para la culture. Dans la capacité de voir dans les réactions biologiques de l'homme ses angoisses et ses nostalgies: le besoin de communauté, de l'ordre, d'atténuer - au moins pour un moment - sa peur devant la mort... Tout ça est maladroit, désespéré, pathétique et un peu comique, alors c'est vrai, donc, alors c'est grand malgré d'être petit." ("Teatr" 1995, no 7/8)
"La conscience de Lupa est une conscience européenne" - écrivait sur le théâtre de Lupa Piotr Gruszczynski, et ces mots se réfèrent d'une façon particulière justement aux 'Somnambules' de Cracovie. - "Ses pièces reflètent la fatigue du vieux continent et toutes ses chutes décadentes. Etre Polonais, Allemand ou Autrichien, ça n'a pas d'importance. Ce qui est important, c'est le contexte spirituel, dans lequel nos vivons et non pas national, historique ou politique (...). La spiritualité européenne du vingtième siècle constitue ici le plan d'activités le plus important, le champ de la vraie lutte et du conflit, une zone de tension intense et saturée." ("Notatnik Teatralny" 1999, no 18-19)Lupa a mis en scène en 1998 la deuxième partie des SOMNAMBULES scéniques intitulée HUGENAU, CZYLI RZECZOWOSC / HUGENAU, OU LA REALITE.
"Le spectacle de Lupa dépasse imperceptiblement les limites du roman et devient un traité douloureux sur l'étrangeté de l'être" - notait Piotr Gruszczynski. - "(...) Nous sommes totalement désarmés envers notre existence, peut-être même plus qu’envers la mort. Cette perspective c'est une perspective de la tragédie contemporaine de l'existence. Ça n'a vraiment pas d'importance si nous vivons en temps de guerre ou en temps de paix. Seulement la guerre reflète plus clairement nos troubles avec l'existence." ("Teatr" 1998, no 45).Dans RODZENSTWO RITTER, DENE, VOSS / LA FAMILLE. RITTER, DENE, VOSS (DEJEUNER CHEZ WITTGENSTEIN) de Bernhard (1996), qui raconte la vie du philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein, comme dans l'antérieur DAS KALWERK / LA PLATRIERE, Lupa suivait la vie routinée de trois frères et sœurs en ressortissant les conflits émotionnels dans lesquels tombe un génie. Egalement dans le Théâtre Polski à Wroclaw avec lequel il travaille depuis 1996, Lupa retourne à ses fascinations autrichiennes. Il a mis en scène ici EMMANUEL KANT de Thomas Bernhard (1996), DAMA Z JEDNOROZCEM / LA DAME A L'UNICORNE d'après le récit HANNA WENDLING de Hermann Broch (1997) et KUSZENIE CICHEJ WERONIKI / LA TENTATION DE VERONIQUE PAISIBLE d'après un récit de Robert Musil (1997). Par contre au Théâtre Dramatyczny de Varsovie il a mis en scène dernièrement AUSLÖSCHUNG/EXTINCTION de Bernhard selon sa propre traduction (2001) - un spectacle qui parle de la mémoire, de la tentative d’effacer sa propre biographie et de la possibilité de naître encore une fois.
"Le sujet de la transformation ou la rénovation spirituelle n'est rien de nouveau dans le théâtre de Lupa, il parait cependant que cette fois-ci il a été traité avec une passion exceptionnelle" - écrivait Janusz Majcherek qui disait auparavant - "(...) la familiarité de Lupa avec le texte de Bernhard mérite une attention spéciale, un texte qui l'attire visiblement et le répudie à la fois, sa lecture devient à la fois une obligation et une douleur." ("Teatr" 2001, no 5)En 1997 Lupa a mis en scène au Théâtre Stary une comédie de Yasmine Reza SZTUKA / ART, dans laquelle on trouve de l'ironie et en même temps du ton sérieux.
"en principe peut exister uniquement avec l'action; c'est un espace des sons totalement intégré avec ce que font les acteurs. Parfois elle s'unit tellement au cours des événements que les spectateurs cessent de la percevoir." (Tadeusz Kornas, "Notatnik Teatralny" 1999, no 18-19)Ce sont les acteurs qui décident du rôle du théâtre de Lupa, souvent "invisibles" et "transparents", les acteurs qui se fondent presque totalement avec le personnage créé. En général le personnage transperce l'acteur si profondément que dans l'atmosphère intime du spectacle on peut capter des nuances psychologiques et des contradictions intérieures les plus petites.
"Le théâtre de Lupa c'est un théâtre des extrémités psychologiques mises à jour au temps de mensonge et des diversions bon marché" - écrivait Tomasz Man. - "Lupa avertit: les diversions bon marché signifient l'homme bon marché, la vie bon marché, l'âme bon marché, la raison bon marché, la sensibilité bon marché... Ses spectacles commencent là où l'on ne pose plus de questions et terminent quand tout ce qui nous concerne est mis sous un point d'interrogation. Ce paradoxe savoureux n'est pas un mécanisme mais une certaine impossibilité de donner à l'homme un nom 'jusqu'à la fin'. C'est comme ça qu'on crée le secret d'être homme pour soi et pour les autres. (...) Dans le monde scénique construit chaque homme est intérieurement contradictoire. Il construit des châteaux de sable parce que ça a du sens. Il tombe dans la folie parce qu'il ne trouve pas de réponse comment est-il vraiment." ("Notatnik Teatralny" 1999, no 18-19)Krystian Lupa a débuté au Théâtre de la Télévision en 1978 avec le spectacle WARIAT I ZAKONNICY / LE FOU ET LES RELIGIEUX de Stanislaw Ignacy Witkiewicz. Il a préparé aussi entre autres les versions télévisées des spectacles théâtraux: LES REVEURS de Robert Musil (1992), EMMANUEL KANT (1997) et KALKWERK de Thomas Bernhard (1998), LA TENTATION DE VERONIQUE PAISIBLE de Robert Musil (2001) et HANNA WENDLING de Hermann Broch (2001). En 1993 il a mis en scène un spectacle en trois parties DU COTE DE CLARISSE. ESQUISSES DE L"HOMME SANS QUALITES" de ROBERT MUSIL basé sur le spectacle préparé en 1990 à l'Ecole Théâtrale de Cracovie.
Monika Mokrzycka-Pokora février 2004 |
