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22.03.2010

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biographies
cinéma
KRZYSZTOF KIEŚLOWSKI
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Réalisateur des documentaires et des films de fiction, scénariste. Né a Varsovie en 1941, mort en 1996 dans cette meme ville.

Kieslowski passe le baccalauréat au Lycée des Techniques Théâtrales en 1962 et commence a travailler comme habilleur a Teatr Wspolczesny, ce qui lui permet de côtoyer des acteurs de l’envergure de Tadeusz Lomnicki, Aleksander Bardini ou Zbigniew Zapasiewicz. En 1968 il finit l’école cinématographique de Lodz, et en 1970 pour obtenir le diplôme deux ans plus tard.

Kieslowski étudia avec Kazimierz Karabasz et Jerzy Bossak ; aussi ses premieres études documentaires, LE BUREAU / URZAD et DE LA VILLE DE LODZ / Z MIASTA LODZI furent-elles créées sous leur direction, tandis que sa premiere étude de fiction, TRAMWAY / TRAMWAJ, fut tournée sous la direction de Wanda Jakubowska. Il débuta a la télévision par son documentaire PHOTO / ZDJECIE. Apres avoir fini les études Kieslowski se lia avec l’Atelier des Films Documentaires, ou il réalisa la plupart de ses documentaires jusqu’en 1983. Progressivement, le cinéaste se désintéresse des documentaires en faveur des films de fiction : en 1973 il réalise PASSAGE SOUTERRAIN / PrzejScie podziemne, son premier film de fiction pour la télévision. En 1974 Kieslowski devient membre du groupe TOR, dirigé par Stanisl;aw Rozewicz, puis par Krzysztof Zanussi.

En 1985 Kieslowski entre en collaboration en matiere des scénarios avec Krzysztof Piesiewicz, avocat connu de Varsovie. Inaugurée par le film SANS FIN / BEZ KONCA, leur collaboration s’étendra ensuite a tous les films. Kieslowski gagne la renommée internationale grâce a ses films TU NE TUERAS POINT / KROTKI FILM O ZABIJANIU et BREVE HISTOIRE D’AMOUR / KROTKI FILM O MILOSCI (1988), qui firent partie du cycle DÉCALOGUE / DEKALOG. Depuis 1991, avec LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE / PODWOJNE ZYCIE WERONIKI, Kieslowski commence a réaliser ses films en coproduction franco-polonaise, deux ans plus tard il entre en collaboration avec le grand producteur français Marin Karmitz. Apres la réalisation de la trilogie TROIS COULEURS / TRZY KOLORY (1993-94), Kieslowski déclare qu’il abandonne la réalisation des films. Lors des derniers mois de sa vie Kieslowski travaille avec Piesiewicz a a composition des scénarios du triptyque PARADIS, PURGATOIRE, ENFER.

Dans les années 1978-81 Krzysztof Kieslowski remplit la fonction du vice-président de l’Association des Cinéastes Polonais. Le réalisateur s’occupe également de l’enseignement ; il donne des cours dans les écoles cinématographiques a Berlin, Helsinki, Lodz, Katowice et en Suisse.

Documentariste et réalisateur des films de fiction, Kieslowski reçoit plusieurs prix pour ses ouvres, dont le Grand Prix pour LE PERSONNEL / PERSONEL au Festival International du Film de Mannheim (1975), la Médaille d’Or au Festival International du Film de Moscou pour L'AMATEUR / AMATOR, Le Lion d’Or au festival de Venise pour TROIS COULEURS: BLEU / TRZY KOLORY: NIEBIESKI, l’Ourse d’Argent au Festival International du Film de Berlin pour TROIS COULEURS: BLANC / TRZY KOLORY: BIALY. En 1976 le cinéaste obtint le prix "Drozdze" (Levure) de l’hebdomadaire "Polityka". En 1985, au Festival de Lagow, Kieslowski reçut le prix pour l’ensemble de son ouvre cinématographique. En 1990 l’Institut Cinématographique Britannique l’élit membre d’honneur en reconnaissance de son "apport inestimable a la culture cinématographique". En 1993 Kieslowski obtient l’Ordre de la Littérature et de l’Art du Ministre de la Culture de France, un an plus tard il est honoré du Prix danois C.J. Soning pour son apport au développement de l’art du cinéma et l’enrichissement de la culture européenne. La meme année Kieslowski est nominé a Oscar de réalisation pour TROIS COULEURS: ROUGE / TRZY KOLORY: CZERWONY. En 1996 le cinéaste obtient le Prix Européen des Médias (Girona). Depuis 1995 il est membre de l’Académie Cinématographique Américaine. Kieslowski est également lauréat du Félix, prix de l’Académie Cinématographique Européenne. Depuis 2000, la Faculté de la Radio et Télévision de l’Université Silésienne a Katowice porte son nom.
"Ce nom est connu aujourd’hui de toute l’Europe de la culture. (...). Ses films obtiennent des prix aux plus grands festivals, a Cannes, Venise, Berlin, Chicago (...) ainsi qu’a Strasbourg, New York, Hongkong, Jérusalem" – écrivait Stanislaw Zawislinski deux ans avant la mort du réalisateur dont les films sont connus des dizaines de millions de spectateurs dans le monde entier (dans son livre "Kieslowski. Bez konca", Varsovie 1994)
Krzysztof Kieslowski est un personnage exceptionnel dans le milieu cinéaste polonais, non seulement en tant que réalisateur des films de fiction, mais aussi comme documentariste ; l’un des ceux qui n’avaient pas peur de s’engager sur des voies nouvelles, qui osaient formuler des questions difficiles, universelles, portant sur les principes. Selon Stanislaw Zawislinski, les préoccupations de Kieslowski, des son début, se focalisaient sur l’etre humain:
"L’etre humain face a la société, aux autorités, au Systeme, a son milieu, a sa famille et enfin face a lui-meme. L’etre humain empetré dans des contrariétés, des dépendances, des conflits. L’etre humain face au monde des valeurs, obligé de choisir sa voie et d’assumer la responsabilité de ses choix. L’etre humain traqué par la politique et isolé de la politique. L’etre humain et son aspiration éternelle vers la liberté, l’égalité et la justice, l’etre humain en quete de l’amour, du bonheur, bienveillance…"
L’etre humain qui, tel le réalisateur lui-meme, cherche sans cesse a répondre a la question ‘comment vivre ?’

Nonobstant les grandes différences séparant les ouvres documentaires de Kieslowski, les films de fiction de la période intermédiaire, celle du cinéma de l’inquiétude morale (LE PERSONNEL, L’AMATEUR, LA PAIX / Spokoj ou LA CICATRICE / BLIZNA), et son ultime triptyque TROIS COULEURS, force est de constater que cette question réapparaît, tel un leitmotiv, tout au long de la création du grand cinéaste.

Célebre pour ses films de fiction, Kieslowski restait, pendant de longues années de sa carriere, avant tout documentariste. Ce n’est qu’avec la réalisation du film SANS FIN qu’il abandonne définitivement le documentaire. La these avancée par l’auteur de la monographie consacrée au cinéma documentaire de Kieslowski (Mikolaj Jazdon, "Dokumenty Kieslowskiego", Poznan 2002), selon laquelle ce domaine de la création du cinéaste était sous-estimée, est difficile a soutenir. Si l’auteur des documentaires n’est pas a meme de concurrencer le réalisateur des films de fiction, toujours est-il que parmi les documentaristes polonais Kieslowski était une figure du premier rang.
"Les succes artistiques et financiers du 'Décalogue' de la 'Double vie de Véronique' et des 'Trois couleurs' éclipsa l’ouvre documentaire de Kieslowski. Ceux qui se souviennent de sa premiere étude 'Tramway' pourraient meme oser la these que la fiction était, des le début, le moyen d’expression privilégié du réalisateur. En effet, ce court métrage muet relatant l’histoire d’une rencontre infortunée d’un garçon et d’une fille comporte déja nombre d’éléments caractéristiques des ouvres postérieures du réalisateur: l’intéret porté au hasard, a la vie, a la réalité. Les memes éléments sont toutefois présents dans ses documentaires... " - écrivait Boguslaw Zmudzinski pour le catalogue de la revue des films de Kieslowski, accompagnant le 33eme Festival International des Courts Métrages a Cracovie en 1996.
Dans le catalogue du meme festival, Marek Hendrykowski écrivait:
"Le premier amour de Kieslowski, c’était le documentaire. Les succes postérieurs de ses films de fiction éclipserent ses ouvres de ce domaine, si bien que nous oubliions a quel point le documentaire contribua a la formation de la personnalité artistique de Kieslowski, et combien ses films de fiction doivent a ses expériences du documentariste."
Mikolaj Jazdon en va encore plus loin, en indiquant des corrélations entre les expériences du Kieslowski documentariste et ses dernieres réalisations, dont l’approche documentariste semble cependant plutôt absente.

En effet, la création de Kieslowski des années 1966-80 se place sous le signe du documentaire. Parmi les nombreux films qu’il réalise a cette époque on distingue des documentairess mettant en scene un héros collectif (LE BUREAU, LA FABRIQUE / FABRYKA, DE LA VILLE DE LODZ, L’HÔPITAL / SZPITAL, LES TRAVAILLEURS DE L’AN '71 / ROBOTNICY 71), et des films consacrés a un héros individuel : (LE MAÇON / MURARZ, CURRICULUM VITAE / ZYCIORYS, LE POINT DE VUE DU PORTIER DE NUIT / Z PUNKTU WIDZENIA NOCNEGO PORTIERA, PREMIER AMOUR / PIERWSZA MILOSC ou SEPT FEMMES / SIEDEM KOBIET W ROZNYM WIEKU). Il y a aussi des films qui mettent en question les theses et les opinions proclamés par la propagande de la PRL, tel J’ÉTAIS UN SOLDAT / BYLEM ZOLNIERZEM - évocation de la guerre du point de vue d’un soldat devenu aveugle, ou encore LES TRAVAILLEURS DE L'AN'71 - portrait du groupe qui commence, en décembre 1970, a s’exprimer de sa propre voix. Les plus nombreux sont les documentaires qui se rapportent a la réalité sociale, économique et politique de la PRL, comme CURRICULUM VITAE, film de formation réalisé sur la commande des activistes du parti, le récit dramatique de l’ancien directeur de l’entreprise "Renifer" JE NE SAIS PAS / NIE WIEM, ou encore LE POINT DE VUE DU PORTIER DE NUIT, métaphore du systeme totalitaire et, partiellement, LES TETES PARLANTES / GADAJACE GLOWY, qui se rangent parallelement du côté des documentaires a signification existentielle, caractéristique de Kieslowski. Les plus représentatifs de cette derniere tendance sont les films SEPT FEMMES et PREMIER AMOUR.

Depuis la réalisation du PASSAGE SOUTERRAIN, son début a la télévision, Kieslowski double son activité de documentariste de la création des films de fiction. Tandis que ses films de fiction restent tres proches des documentaires, parmi ces derniers apparaissent des mises en scene (CURRICULUM VITAE) ou des documentaires a intrigue, tel LE POINT DE VUE DU PORTIER DE NUIT, ou le héros semble interpréter le rôle de … lui-meme.

Interviewé par Stanislaw Zawislnski, Kieslowski reconnaît:

"Tout homme, des qu’il se met a faire quelque chose, ambitionne de transformer le monde. Moi, je ne comptais pas transformer le monde au sens littéral, je cherchais plutôt a le décrire. Et j’espérais d’y parfaire."
S’inspirant des theses du livre célebre de Julian Kornhauser et Adam Zagajewski Swiat nieprzedstawiony / Le monde non présenté de 1974, Kieslowski entreprend de rendre l’image de la réalité en mettant en scene des micro mondes, endroits apparemment ordinaires, quotidiens, tel un bureau assignant la pension d’invalidité (LE BUREAU), Ursus, établissement produisant des tracteurs agricoles (FABRIQUE), un service des pompes funebres (REFRAIN / REFREN), un hôpital (HÔPITAL), une gare des chemins de fer (LA GARE / DWORZEC). Par ce moyen le réalisateur veut "englober dans cette image, comme dans une goutte d’eau, le reflet de la Pologne contemporaine" (selon Mikolaj Jazdon).

Ces portraits de la réalité polonaise s’accompagnent d’une analyse exhaustive des mécanismes sous-jacents du systeme politique. Avec insistance, Kieslowski examine le fonctionnement de ces mécanismes. Plusieurs d’entre ses réalisations, a commencer par l’étude LE BUREAU, en passant par des films comme LA FABRIQUE, AVANT LE RALLYE / PRZED RAJDEM, TRAVAILLEURS DE L’AN ‘71, LE POINT DE VUE DU PORTIER DE NUIT, jusqu’aux histoires intimes, comme celle de deux jeunes gens qui vivent leur PREMIER AMOUR dans le contexte de la réalité de la PRL, présentent les résultats de ses observations.

Cette attitude analytique est caractéristique du groupe des documentaristes, qui se fit remarquer lors du festival des films documentaires et des courts métrages en 1971 a Cracovie: Krzysztof Kieslowski, Wojciech Wiszniewski,Tomasz Zygadlo, Pawel Kedzierski. Incapables de changer la réalité, ils cherchaient tous a dépeindre la vraie image de la PRL.

Comme le souligne Kieslowski ("O sobie" , Cracovie 1997):
"On décrivait le monde communiste (...) tel que l’on souhaitait qu’il soit, et non tel qu’il vraiment était."
Les documentaristes du groupe ne renonçaient pas a traiter des sujets politiques, ce qui différencie leurs ouvres des films de l’école de Karabasz ; ce dernier d’ailleurs était l’un des maîtres de Kieslowski, qui considérait ses MUSICIENS / MUZYKACI comme l’une des ouvres majeures du cinéma mondial.

Les films de Kieslowski ne sont pas toutefois tous antinomiques de "l’école de Karabasz". Son PREMIER AMOUR, ou encore l’un de ses derniers documentaires, SEPT FEMMES, en constituent des contre-exemples, se rangeant du côté de cette école du documentaire.

Bien que les films de Kieslowski soient a l’époque considérés comme manifestes de la méfiance a l’égard du systeme communiste, ce qui leur a valu le nom des "agitki" (FABRIQUE), et qu’ils soient critiqués pour leur aspect publiciste ostentatoire ou la maniere affectée des "tetes parlantes", caricaturant les programmes de la télévision, la lutte contre les autorités ne constituait jamais l’aspiration prioritaire du réalisateur; "au lieu de s’employer a agrandir le distance entre la nation et les autorités, il cherchait a la diminuer" - écrivit Tadeusz Sobolewski ("Kino Krzysztofa Kieslowskiego", rédaction de Tadeusz Lubelski, Cracovie1997)

Les héros de Kieslowski, aussi bien ceux de ses documentaires que ceux des ouvres de fiction classés parmi les films de l’inquiétude morale, ne menent pas de lutte ouverte contre le systeme. Le directeur mis en scene dans LA CICATRICE, l’ancien directeur de JE NE SAIS PAS, le héros du documentaire LE MAÇON ou encore les médecins du documentaire L'HÔPITAL, tous ils ne cherchent qu’a bien faire leur travail. Cette détermination se heurte a l’hostilité du systeme, malveillant a l’égard de ceux qui s’adonnent corps et âme a leur vocation, de ceux qui veulent remplir ses tâches honnetement. Les héros de Kieslowski se débattent donc aux prises avec la bureaucratie, avec son obstination absurde a compliquer les choses les plus simples (L’HÔPITAL, AVANT LE RALLYE). Ceux plus chanceux parviennent a réaliser, au moins partiellement, leurs passions, les autres périssent, broyés par l’engrenage du systeme (CURRICULUM VITAE, JE NE SAIS PAS). Le désir de se nicher dans un coin et y mener une vie calme (LA PAIX, LE PREMIER AMOUR) n’est point moins problématique, puisque chacun est, a un moment ou a l’autre, forcé a se ranger d’un côté déterminé, a faire un choix, aussi bien dans le domaine de la politique que dans celui de la vie. (LE PERSONNEL, JE NE SAIS PAS, AMATEUR)

Les documentaires et les films de l’inquiétude morale se caractérisent d’un parallélisme concernant la thématique et le type de héros; le monde social et politique de la PRL est décrit avec une meme perspicacité. Les films de fiction, de meme que les documentaires, constituent une tentative de "montrer le monde dans une goutte d’eau", ce que souligne Kieslowski dans son entrevue avec S. Zawilinski. Ainsi, le théâtre présenté dans LE PERSONNEL, premier film de fiction pour la télévision, accueilli tres favorablement par la critique ' était, en fait, une allégorie de la Pologne".

Apres 1978 Kieslowski réalisa seulement un documentaire, LES SEPT JOURS DE LA SEMAINE / SIEDEM DNI TYGODNIA. Son renoncement a ce domaine de la création fut provoqué par les entraves que la PRL imposait aux cinéastes: non seulement la liberté de la réalisation était étroitement limitée, mais encore les autorités pouvaient a tout moment s’accaparer l’ouvre ou les matériaux et s’en servir dans ses propres fins. La décision de Kieslowski avait aussi pour motif les restrictions qui découlent de la nature meme du documentaire : le cinéaste lui-meme reconnut a un moment qu’il est particulierement difficile de montrer dans le documentaire des réalités telles que l’amour. Bien qu’il l’eut essayé (PREMIER AMOUR), il était conscient du danger que consiste en l’ingérence de l’auteur du film dans la vie des héros.

Les premiers films de fiction, jusqu’a SANS FIN, ne divergent guere des documentaires. Comme le remarque Malgorzata Dipont a propos du film LE PERSONNEL (dans: "Kieslowski. Bez konca"), l’attitude artistique de Kieslowski se traduit par le besoin de se référer au concret de la réalité quotidienne, par le recours aux acteurs non professionnels, aux endroits authentiques et aux héros qui interpretent les memes rôles qu’ils jouent dans la vie (comme par exemple Krzysztof Zanussi dans L’AMATEUR).

"Nonobstant le perfectionnement de la technique et l’enrichissement des moyens d’expression artistique, le réalisateur refuse de situer l’action de ses films partout et nulle part, en persévérant a signaler les caractéristiques authentiques du lieu et du temps." - ajoute M. Dipont.
La rupture avec cette attitude se fait remarquer dans son film LE HASARD / PRZYPADEK, proche aussi bien du PERSONNEL et de L’AMATEUR que de LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE. Solidement ancré dans la réalité de la Pologne a la veille des événements d’aout ’80, LE HASARD constitue parallelement une sorte de conte philosophique, d’une construction parfaitement limpide et atemporelle. (Alain Masson, "Positif", 12/1988, dans "Kieslowski. Bez konca")

Cette limpidité de la construction constitue l’un des traits pertinents de la création de Kieslowski. Le réalisateur fonde la dramaturgie de ses documentaires sur le développement logique de la pensée; comme les autres documentalistes, il formule sa façon de comprendre le documentaire en opposition au cinéma de fiction. L’originalité de l’approche de Kieslowski consiste dans le fait qu’au lieu de l’appuyer sur l’opposition fiction – réalité ou fiction – véridicité, il fonde ses documentaires l’opposition fiction - pensée. Ainsi, comme le remarque Miroslaw Przylipiak ("Kwartalnik Filmowy" 23/1998), "le documentaire se distingue du film de fiction par sa composition discursive, consistant en un développement de la pensée, une suite d’idées."

Kieslowski lui-meme le reconnaît dans son entretien avec Kazimierz Karabasz (K. Karabasz, "Bez fikcji - z notatek filmowego dokumentalisty", Varsovie1985), en citant comme exemple LE POINT DE VUE D’UN PORTIER DE NUIT, film né du besoin de dénoncer l’intolérance croissante de la société manipulée. Kieslowski mentionne aussi L’HÔPITAL, souvent interprété comme une métaphore de la PRL, de sa médiocrité, de sa bassesse, de ses absurdités, mais aussi de ses citoyens, qui cherchent a vivre leur vie, et se voient forcés a surmonter les obstacles absurdes du systeme. Le réalisateur avoue cependant qu’il avait l’intention de faire un film sur la fraternité, et que l’endroit présenté (l’hôpital) y apparaît a titre d’exemplification de cette notion. Une telle approche de la matiere filmique est riche en conséquences : bien que le réalisateur oppose le documentaire a la fiction, la meme méthode de construction réapparaît dans ses derniers films (DÉCALOGUE, LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE, TROIS COULEURS). Ce qui différencie ces films des documentaires et des films de fiction réalisés précédemment, c’est la distance prise par le réalisateur a l’égard du détail politique, social ou coutumier, et a l’égard du souci de l’authenticité du temps et de l’espace, meme si le moment et le lieu de l’action se laissent toujours facilement définir. Contrairement aux déclarations de l’auteur, ce sont précisément ces films qui constituent la meilleure illustration de la construction fondée sur le développement de la pensée : la matiere de vie n’y oppose pas de résistance, tandis que dans le cas des documentaires elle ne se laisse jamais totalement plier aux exigences de l’auteur. Dans ses dernieres réalisations, Kieslowski s’affranchit des restrictions externes, ce qui lui permet de procéder librement, tel un scientifique au laboratoire, dans sa recherche de l’effet attendu.

Le choix de cette méthode fut sans doute provoqué par la défaite artistique de Kieslowski: le film SANS FIN, premier scénario écrit en collaboration avec l’avocat Krzysztof Piesiewicz, est considéré comme manqué par le réalisateur lui-meme. Dans son livre autobiographique "O sobie" / "Moi-meme" Kieslowski traite ce film de disloqué, critique la discordance du motif de mours, du motif publiciste et du motif métaphysique, figuré par le personnage du revenant. L’analyse de cet insucces avait inspiré Kieslowski a modifier son attitude créatrice; cette modification ne concernait toutefois que ses moyens d’expression artistique, sa façon de concevoir le monde demeurant la meme.

"Tout film - écrivait-il - constitue une sorte de piege. On se propose de raconter une histoire précise, mais parallelement on a envie de parler d ‘autre chose. Maintenant, je fais attention aux pieges de ce genre. J’essaye de les éviter, je veille a ce que mes films aient un seul axe, une seule ligne de force bien distincte. Les films du cycle 'Décalogue' en constituaient un excellent exercice: courts, ils permettaient une construction limpide fondée sur une seule ligne de force, soigneusement tracée."
Le réalisateur décida de raconter des histoires simples, limpides, dont la construction logique ne serait pas affectée par les traces de la lutte avec les éléments déchaînés de la réalité.

Arrivé a ce carrefour, Kieslowski avait, bien sur, la possibilité de choisir une voie différente. Il avait pu, par exemple, emboîter le pas a Ken Loach, réalisateur dont il admirait l’ouvre.

La voie qu’il avait choisie menait cependant dans la direction opposée. A partir de son cycle DÉCALOGUE Kieslowski se met a dépouiller ses films d’éléments du réel. Il réduit le monde présenté au strict minimum, tout en condensant l’image a l’aide de nouveaux moyens d’expression. C’est ainsi que le réalisateur se forge son propre langage cinématographique, admiré par l’Europe entiere. Ce changement déçoit pourtant une partie de son public fidele en Pologne, apparemment pas convaincu par la déclaration que le réalisateur fait dans son autobiographie:
"Dans ‘Véronique’, ‘Décalogue’, ‘Trois Couleurs’ ou ‘Sans Fin’ je n’ai rien renié de moi-meme. Au contraire, j’ai enrichi les portraits des personnages de toute cette sphere de pressentiments, d’intuition, de reves et de préjugés qui constitue la vie intérieure d’un etre humain."
La réception différente des films de Kieslowski par le public polonais et étranger est un phénomene particulierement significatif.

LE DÉCALOGUE semble etre situé dans la réalité polonaise. L’action de chacun des films se déroule dans un quartier typique d’une ville polonaise, composé de barres grises, sordides. Tandis que le spectateur étranger considere cette toile de fond comme tres réaliste, le public polonais le trouve trop abstrait, manquant de vie, de détails dont se compose l’existence quotidienne. Kieslowski en renonça, bien que, documentaliste, il les avait a portée de la main.

"Je me suis proposé de montrer des personnes particulieres dans des situations difficiles. Les problemes de la vie quotidienne, les problemes sociaux étaient toujours présents, quelque part au fond" - déclarait le réalisateur a propos du DÉCALOGUE dans "O sobie", en avouant ainsi qu’il avait schématisé la réalité quotidienne de la Pologne des années ’80.
Les films comme LE PERSONNEL, LA PAIX, L’AMATEUR ou LE HASARD accordent de l’importance a la réalité dans laquelle l’action se déroule. Développé, ce "second plan" permet au spectateur d’identifier le monde présenté a l’écran et la réalité, en favorisant le lien entre les héros et lui-meme. Il est d’ailleurs fondé de dire que tous les films de Kieslowski présentent "des personnes particulieres dans des situations difficiles".

LE DÉCALOGUE marque donc un tournant, mais non au niveau de la thématique ; c’est le passage vers un nouveau langage filmique, fondé sur des moyens formels différents.
"Nous avons eu l’intuition que ‘Le Décalogue’ pouvait devenir un film universel. Nous avons donc décidé d’en bannir la politique" - déclare Kieslowski dans le livre déja cité, a propos de lui et de Krzysztof Piesiewicz.
En effet, ce projet de l’entreprise Kieslowski-Piesiewicz avait réussi a 100%. TU NE TUERAS POINT, film a portée universelle, connut un succes fulgurant; les autres films du cycle, dont certains n’évoquent que vaguement les commandements respectifs du décalogue, éveillerent un grand intéret, toutefois plutôt dans les pays de l’Ouest qu'en Pologne.

Les derniers films de Kieslowski, produits en France, LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE et le cycle TROIS COULEURS, se rapportent, eux aussi, exclusivement a la sphere des émotions humaines.
"La rupture définitive avec tout ce que Krzysztof Kieslowski appelle 'politique', et dont le sens est probablement beaucoup plus large, fait perdre pied a ses films; ils ne sont plus, a l’exception du 'Blanc', enracinés dans une réalité concrete. Les prémices de ce processus se laissent entrevoir déja dans 'Le décalogue'. Poétiques, les héroines de Kieslowski, semblent flotter dans l’air telles la sensibilité et l’émotivité incarnés. (…) D’un psychisme fébrile, elles menent une vie irréelle, enfermées dans une réalité réduite, schématisée." - écrivit Maria Kornatowska ("Kino Krzysztofa Kieslowskiego").
Comme LE DÉCALOGUE, les derniers films de Kieslowski sont de simples histoires évoquant les sentiments et les émotions humains qui, eux, ne sont pas du tout simples. Analogues, sous ce rapport, au DÉCALOGUE, ces films en sont en meme temps tres différents. A partir de LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE Kieslowski commence a esthétiser l’image, compose avec soin les dominantes de couleurs, ses actrices sont photographiées de façon a faire ressortir leur beauté, comme dans la publicité. Ces démarches fondent le nouveau style de ses films. Le changement de la maniere dont la caméra du réalisateur traite les héroines polonaises du DÉCALOGUE et ensuite les jeunes femmes françaises des derniers films est souligné aussi par Alicja Helman dans le meme volume.

Si l’universalisme "a englouti" la réalité dans les derniers films de Kieslowski, le réalisateur n’a pas pour autant renoncé a mettre en ouvre ses expériences du documentariste. Bien au contraire, c’est précisément le recours a ces expériences qui lui a permis de créer des constructions minutieusement ciselées, jusqu’aux moindres détails.

Rafal Marszalek souligne que la réalisation du troublant TU NE TUERAS POINT n’aurait pas été possible, si son auteur n’avait pas la science du documentariste. Il rappelle la scene de l’exécution, poignante par l’attention minutieuse pretée aux moindres détails, et la compare avec le meme souci du détail caractérisant le documentaire L’HÔPITAL. ("Kino Krzysztofa Kieslowskiego")

Véronique Campan, critique de cinéma, fait des observations analogues en analysant les films du cycle DÉCALOGUE ("Kino Krzysztofa Kieslowskiego"): elle y aperçoit des spécificités de la construction de l’image, indiquant une parenté avec le documentaire.

Le style de Kieslowski est descriptif; sa caméra emboîte le pas a ses personnages, épie leurs moindres gestes, leurs actions les plus futiles. Ce cinéma peut etre qualifié de contemplatif : les phases préliminaires, préludes destinés a construire l’ambiance, sont beaucoup plus importants que l’action elle-meme." - écrit Véronique Capman.
Elle souligne également la profusion de détails; montrés avec une grande précision, ils ne renvoient pas cependant a la réalité quotidienne du spectateur; le réalisateur s’en sert uniquement dans le but d’accroître le potentiel émotionnel. Les mouvements lentes de la caméra, conduisant le regard du spectateur d’un objet a l’autre, les cadres focalisant l’attention sur un détail, telle la serpilliere jetée au seau dans le film numéro 5 ou la mouche qui se pose sur le bord d’un verre dans le film numéro 2, le recours fréquent au gros plan, tournage sous un angle inhabituel… voici quelques exemples de moyens formels utilisés par le réalisateur afin d’accentuer la présence des objets ordinaires qu’il investit d’une signification symbolique.

Ainsi, dans le cycle DÉCALOGUE et dans les films postérieurs, le détail joue un rôle significatif, qui n’est pas toutefois celui du fondement de la réalité présentée. Malgorzata Kornatowska observe, a propos du triptyque TROIS COULEURS:
"Dans le 'Rouge' la réalité cede place a une vision intense, un tissu d’images, vivant, palpitant.
L’intensité des images créées par Kieslowski découle de cette variété d’accessoires, de personnes rencontrées par les héros, d’objets et de gestes auxquels le réalisateur assigne la portée symbolique de présages.
"Mystérieuse, voire magiques, ces signes permettent d’établir des liens entre personnages et événements. Des boules en verre, un feston en perles de verre frémissant et étincelant, des bagues magiques servant a conjurer le mauvais sort, des poupées…et toute une multitude d’objets apparemment futiles. "
Dans toutes ses ouvres de cette période, Kieslowski fait montre de sa prédilection a recourir aux signes. Dans cette phase de sa création artistique, qui allait s’avérer ultime, le réalisateur tente d’inscrire ses oeuvres, comme le remarque Kornatowska, dans "le courant pop-métaphysique, qui jouit a l’époque de la popularité mondiale." De nombreux critiques partagent ce point de vue.

En effet, Kieslowski est un réalisateur fort controversé. Meme les admirateurs les plus dévoués de son cinéma, tel Stanislaw Zawilinski, partagent cette opinion. Le critique affirme dans son livre:
"Dans les films de Kieslowski, ce qui émerveille les uns, agace et repousse les autres ; ce que les uns considerent comme novateur, important, pénétrant ou émouvant, les autres traitent de 'fausse monnaye', de 'babillage métaphysique', ou encore de ' fumisterie d’un professionnel'."
Filmographie

Études scolaires

1966 TRAMWAY / TRAMWAJ – étude de fiction réalisée sous la direction de Wanda Jakubowska. Film muet présentant une rencontre manquée d'un garçon et d’une fille.

1966 LE GUICHET / URZAD (premier titre: "pension") – documentaire réalisé a l’école cinématographique de Lodz sous la direction de Jerzy Bossak, Kazimierz Karabasz et Kurt Weber. Le film met en scene des fonctionnaires assignant les pensions face aux solliciteurs, montre la machine de bureaucratie insensible aux drames humains.

1967 CONCERT DES MEILLEURS VOUX / KONCERT ZYCZEN – étude documentaire présentant les comportements des jeunes et leur culture.

Documentaires

1968 PHOTO / ZDJECIE – film réalisé pour la télévision. Une photo des temps de la seconde guerre mondiale présente deux garçons, les fusils a la main, souriant a la caméra. Le film relate la recherche de ces deux garçons menée par l’équipe de cinéastes, qui s’acheve sur la rencontre des héros, hommes déja murs.

1969 DE LA VILLE DE LODZ / Z MIASTA LODZI – documentaire de diplôme, réalisé a l’école cinématographique de Lodz, sous la direction de Kazimiez Karabasz. Le film est un portrait de la ville. Le commentaire enthousiaste sur la ville de Lodz et son industrie est accompagné des photos de maisons en ruine.

1970 J'ÉTAIS SOLDAT / BYLEM ZOLNIERZEM (scénario crée en collaboration avec Ryszard Zgorecki, réalisation en collaboration avec Andrzej Titkow). Relatant l’histoire d’un groupe de soldats qui avaient perdu la vue lors de la guerre, le film présente l’image de la seconde guerre mondiale différente de la version officielle, propagée par les autorités. Film réalisé pour L’Atelier Cinématographique de l'Armée "Czolowka". (Prix: 1971 – prix du ministre de la défense nationale; OFFK, Cracovie – prix de l'hebdomadaire "Zolnierz Polski")

1970 L'USINE / FABRYKA. Parallelement a la relation d’une réunion dans l’usine produisant les tracteurs agricoles a Ursus, banlieue de Varsovie, le film présente des scenes du travail des ouvriers. Image accablante de l’économie du socialisme montrée a l’exemple de l’organisation de la production dans la PRL. (Prix: 1971 - OFFK Cracovie, prix de la revue"Glos Robotniczy" du film engagé dans la thématique sociale contemporaine)

1971 AVANT LE RALLYE / PRZED RAJDEM. Le film montre les préparatifs au rallye de Monte Carlo. Désireux de participer au rallye, le meilleur automobiliste polonais, Krzysztof Komornicki, doit franchir d'innombrables obstacles occasionnés par la réalité de la PRL.

1972 REFRAIN / REFREN (premier titre "Enterrement ou le jeu de cache-cache"). Chronique du fonctionnement des pompes funebres polonaises. Impossible d'échapper a la bureaucratie, meme apres la mort.

1972 ENTRE WROCLAW ET ZIELONA GORA / MIEDZY WROCLAWIEM A ZIELONA GORA. Documentaire sur les Mines de Cuivre a Lubin.

1972 PRINCIPES DE SÉCURITÉ DANS UNE MINE DE CUIVRE. Film d'instruction.

1972 LES TRAVAILLEURS DE LAN'71 / ROBOTNICY 71 (réalisé en collaboration avec Tomasz Zygadlo, Wojciech Wiszniewski, Pawel Kedzierski et Tadeusz Walendowski). Esquisse d’un portrait des ouvriers polonais du début des années ’70, évocation du climat social, essai de retracer le processus de l'éveil de la conscience des ouvriers face aux machinations des autorités, apres les événements du décembre 1970. La version originale du film n’a jamais été présentée; il fut montré dans la version censurée sous un autre titre. Les autorités se sont emparées de la piste sonore du film, afin d’accuser les ouvriers qui y prenaient parole.

1973 LE MAÇON / MURARZ. C’est le premier mai, fete du travail. Jozef Malesa, maçon, ancien chef de file et homme de partie, se remémore son passé. Son récit est une histoire de la Pologne vue par les yeux d’un homme qui a été d’abord séduit par la construction enthousiaste du nouvel ordre, pour etre ensuite cruellement déçu.

1974 LA RADIOGRAPHIE / PRZESWIETLENIE. Portrait saisissant des gens atteints de la maladie pulmonaire, réalisé au sanatorium de Sokolowsko en Basse Silésie.

1974 PREMIER AMOUR / PIERWSZA MILOSC. Histoire de deux jeunes de 17 et 18 ans, suivie jusqu’au moment de la naissance de leur enfant. Image de l’amour du jeune couple au seuil de la vie adulte, face a la réalité de la PRL, ou rien n’est simple, car chaque probleme, meme le plus banal, ne peut etre réglé qu’au prix des pelerinages infinis d’office en office. Dans ce monde hostile, l’amour est porteur d’espoir. Kieslowski avait l’intention de tourner la deuxieme partie du film, relatant l’histoire de la fille du jeune couple, "Ewa", "Ewunia" ou "Horoscope". En l'an 2000 Krzysztof Wierzbicki réalisa un tel film a l'aide des matériaux originaux tournés par Kieslowski (HOROSKOP). (Prix: 1974 – Onzieme Festival des Courts Métrages a Cracovie, "Dragon d’Or" Prix Spécial du Président du Comité de la Radio et de la Télévision; Quatorzieme Festival des Courts Métrages a Cracovie, Grand Prix "Lajkonik d’Or" Grand Prix du Ministre de la Culture et de l’Art; 1975 - Prix du Président du Comité de la Radio et de la Télévision)

1975 CURRICULUM VITAE / ZYCIORYS (film de 45 minutes, et sa version abrégée de 28 minutes, appelée UN BREF CV; scénario crée en collaboration avec Janusz Fastyn). Documentaire mis en scene. Relation d’une réunion de la Commission du Contrôle du Parti pour la Voivodie, convoquée afin d’examiner l’appel d’un ouvrier exclu du parti. Bien que l’ouvrier et son curriculum vitae soient fictifs, la réunion se transforme en un véritable jugement d’un homme indocile, désireux de faire dans sa vie quelque chose d’important. Le film constitue une étude du mécanisme crée par le systeme communiste afin d’écraser tout citoyen se révoltant au nom des valeurs fondamentales, telle l’honneteté ou la dignité humaine. Film d’instruction et présenté ors des réunions des membres de la PZPR. (Prix: 1975 – Sirene de Varsovie – prix du Club de la Critique Cinématographique SDP, Quinzieme Festival des Courts Métrages a Cracovie, Lajkonik de Bronze; Festival International du Film a Mannheim, Grand Prix; Festival des Films Polonais de Fiction a Gdansk, Grand Prix du film télévisé).

1976 L'HÔPITAL / SZPITAL. Documentaire présentant le travail du service médical d’urgence d’un hôpital a Varsovie, montre l’héroisme des médecins qui, dans les conditions d’une pénurie générale, typiques de la PRL, s’efforcent d’assurer aux malades la meilleure aide possible. (Prix: 1977 – Seizieme Festival des Courts Métrages a Cracovie, Grand Prix "Dragon d’Or"; Prix du club de la Critique Cinématographique "Sirene de Varsovie")

1976 CLAQUE / KLAPS. Une breve impression composée des restants du film de fiction du meme auteur, LA CICATRICE / BLIZNA.

1977 LE POINT DE VUE D’UN PORTIER DE NUIT / Z PUNKTU WIDZENIA NOCNEGO PORTIERA. Portrait d’un gardien de l’usine, Marian Osuch, fanatique de la discipline, partisan du contrôle total, jusqu’au moindre détail de la vie de tout citoyen. Image métaphorique du régime totalitaire, montrée a l’exemple d’un simple citoyen, qui s’avere etre adepte modele de la terreur de l’apparat. L’un des rares films ou Kieslowski met en scene un héros décidément négatif. (Prix: 1979 – Dix-neuvieme Festival des Courts Métrages a Cracovie, Grand Prix " Lajkonik d’Or" – avec le film SEPT FEMMES / SIEDEM KOBIET W ROZNYM WIEKU; Festival International des Courts Métrages a Cracovie, nagroda FIPRESCI; Festival International du Film a Nyon, "Sesterce d’Argent"; Festival International du Court Métrage et du Documentaire a Lille, Prix du Jury)

1977 JE NE SAIS PAS / NIE WIEM (premier titre "Vivre ou dormir". L’ancien directeur de l’entreprise de travail du cuir "Renifer", congédié, dépeint l’image de l’entreprise, pleine de corruption et de lutte acharnée pour des postes. Le film dénonce les pathologies de l’économie en Pologne communiste, évoque la triste réalité des années '60. Le documentaire a été présenté pour la premiere fois en 1981.

1978 SEPT FEMMES / SIEDEM KOBIET W ROZNYM WIEKU. Le film présente sept danseuses a l’age différent: la plus jeune est une adolescente, la plus âgée se retire déja de la vie active. Les histoires des sept danseuses se fondent pour composer le portrait d’une seule femme, depuis son enfance jusqu’a la vieillesse. Le film devient ainsi un récit poétique sur l’écoulement du temps. Premiere en 1981. (Prix: 1979 - Dix-neuvieme Festival des Courts Métrages a Cracovie, Grand Prix "Lajkonik d'Or")

1980 LA GARE / DWORZEC. Le film montre la Gare Centrale de Varsovie, édifice – embleme de la "seconde Pologne" des temps de Gierek. La réalité polonaise, présentée a l’exemple de la gare, constitue un triste contraste de limage de propagande, diffusée par les téléviseurs de la gare.

1980 TETES PARLANTES / GADAJACE GLOWY. Un groupe hétéroclite de personnes, de professions différentes et a l’âge varié: a partir d’un enfant de douze mois jusqu’a une femme centenaire, répondent aux questions du genre "quand est-ce que vous etes né ?", "qui etes-vous ?", "qu’est-ce qui a pour vous le plus d'importance dans la vie ?" Galerie de tetes, accompagnée d’informations sur l’âge des interlocuteurs, compose un panorama de reves et de problemes des personnes a l’âge différent: le garçon de deux ans voudrait devenir Sirene, auto polonais populaire a l’époque, la vieille femme de cent ans souhaite rester encore en vie… Parallelement, les interlocuteurs parlent de leur patrie; ils avouent quels changements ils auraient aimé y voir. Le titre du documentaire est ironique: l’expression "tetes parlantes" a été utilisée antérieurement par Zygmunt Kaluzynski, dans sa critique, décidément défavorable, des ouvres de Kieslowski. Le documentaire TETES PARLANTES semble etre une préfiguration du climat social de Septembre 1980, moment ou les Polonais commencerent a parler ouvertement des changements indispensables dans leur pays. (Prix: 1981 – Prix d’honneur au Festival International du Film a Oberhausen)

1988 SEVEN DAYS A WEEK: WARSAW, SEMAINE A VARSOVIE / SIEDEM DNI TYGODNIA – film présenté dans le cadre du cycle international City Life, montre la vie de sept personnes durant sept jours de la semaine. Dimanche, les héros se rencontrent pour déjeuner ensemble. Presque sans paroles, le film constitue une image symbolique de la vie d’une famille polonaise ordinaire. Production: Holandia.

Films de fiction

1973 PASSAGE SOUTERRAIN / PRZEJSCIE PODZIEMNE (scénario crée en collaboration avec Ireneusz Iredynski) - film de télévision, de métrage moyen. Arrivé a Varsovie, un jeune pédagogue de province, dans un passage souterrain tombe sur sa femme qui l’avait abandonné quelque temps auparavant. Le jeune homme tente de ressusciter leur passé commun, mais la communication entre les époux s’avere impossible : la vie citadine a profondément influencé la jeune femme, en la rendant insensible, cynique. Evoquant la crise des valeurs, le film est réalisé a la maniere d’un documentaire: tournage a la main, montage, façon de commenter l’histoire. Grâce a ce procédé l’image gagne en authenticité, se rapproche de la vraie vie. Cet huis-clos psychologique constitue une évocation saisissante de l’impossibilité de communiquer.

1975 LE PERSONNEL / PERSONEL - film de télévision, inspiré de l’histoire authentique vécue par le réalisateur, qui, tel son héros Romek Januchta, avait travaillé comme habilleur au théâtre. Les acteurs du Personnel sont en majeure partie non professionnels ; le rôle principal est interprété par Juliusz Machulski, a l’époque étudiant en premiere année de la réalisation. Tourné dans des endroits authentiques, avec la participation des employés du théâtre, le film est proche du documentaire. Il montre la frontiere infranchissable qui sépare le personnel théâtral des artistes, évoque les premieres désillusions et les premiers choix difficiles d’un jeune homme au seuil de la vie adulte. (Prix: 1975 – Semaine Internationale du Film a Mannheim, Grand Prix et Prix International Catholique du Film; Prix Andrzej Munk de l’école cinématographique de Lodz; "Samovar" – Prix des Enthousiastes du Cinéma attribué par le Club du Film de Swiebodzin; 1976 - Festival des Films de Fiction Polonais a Gdansk, Grand Prix du film télévisé et Prix des Journalistes du film télévisé; Caméra d’Or, prix de la revue "Film" pour le début de la réalisation du film de fiction en 1975; Festival de Lagow, prix de la Fédération des Clubs du Film, pour l’ouvre intégrale, avec mention particuliere du film PERSONNEL; Quatriemes rencontres cinématographiques a Koszalin "Les jeunes et le film", Koszalin, Grand Prix "Grand Ambre"; 1979 - Festival de Lagow, "Grappe d’Or")

1976 LA CICATRICE / BLIZNA (d’apres le livre de Romuald Karas "Pulawy - rozdzial drugi"). Drame social. Le directeur responsable de l’implantation d’un complexe chimique dans une petite ville de Pologne, confronté aux protestes des habitants de la ville. Le film s’inscrit dans le courant du cinéma de l’inquiétude morale. Aveuglé par ses bonnes intentions, le directeur ne prend pas en considération les conséquences fâcheuses de ses décisions erronées. Finalement, lors des événements de 1970 il se range du côté des ouvriers, pour retourner ensuite, désillusionné, en Silésie, sa région natale.(Prix: 1976 - Festival des Films Polonais de Fiction a Gdansk, Prix Spécial du Jury; 1978 - Festival de Lagow, "Grappe d’Or")

1976 LA PAIX / SPOKOJ (d’apres la nouvelle de Lech Borski "Krok za brame" ("Un pas devant la porte") du recueil "Noc gitarzystow" ("La nuit des guitaristes") – film de télévision, reconnu comme précurseur du courant du cinéma de l’inquiétude morale. Histoire d’un ouvrier, Antoni Gralak, qui, apres etre sorti de la prison, ne souhaite que mener une vie paisible. Meme s’il réussit a trouver du travail et une compagne, la vie paisible dont il reve restera hors de sa portée. La réalité de la Pologne communiste s’avere conflictuelle : le héros n’arrive pas a communiquer avec ses collegues, qui organisent une greve, ni avec son chef, qui exige qu’il dénonce. La fin de son histoire est tragique. Film présenté pour la premiere fois en 1980. (Prix: 1981 - Festival des Films Polonais de Fiction a Gdansk, Prix Spécial du Jury ; Ecran d’Or, prix de la revue "Ekran")

1979 AMATEUR / AMATOR. L’une des meilleures ouvres du cinéma de l’inquiétude morale. Histoire d’un cinéaste-amateur, Filip Mosz, approvisionneur, qui achete une caméra pour enregistrer les premiers pas de sa fille. Progressivement, hormis son enfant, il commence a filmer son lieu de travail et sa ville. Il découvre le potentiel de la caméra qui permet d’interpréter librement le monde filmé, de montrer la vérité ou de l’altérer. Sa décision de montrer la vérité va le couter beaucoup : la désintégration de sa famille, les conflits avec ses prochains, d’innombrables problemes… Dans la derniere scene, symbolique, le héros passe lui-meme devant sa caméra pour relater l’histoire de sa vie. Le film parle du rôle de l’art dans le monde, du courage, de l’intransigeance. Il évoque également le probleme des limites de la responsabilité du créateur pour son ouvre et du prix de la liberté créatrice. (Prix: 1979 - Festival des Films Polonais de Fiction a Gdansk, Grand Prix du meilleur film; Onzieme Festival International du Film a Moscou, Médaille d’Or et prix FIPRESCI; Festival "HOMME - TRAVAIL - CRÉATION", Lublin, prix du public; Festival "Les Jeunes et le Film", Koszalin, prix "Jantar" pour l’évocation de la problématique d’importance particuliere dans le domaine du développement moral, intellectuel et idéologique de la jeune génération; 1980 - Festival International du Film a Berlin, prix du Jury International Evangélique "Interfilm"; Festival International du Film a Chicago, Grand Prix "Hugues d’Or")

1981 UNE BREVE JOURNÉE DE TRAVAIL / KROTKI DZIEN PRACY (scénario crée en collaboration avec Hanna Krall, d’apres son reportage "Vue de la fenetre au premiere étage") - film de télévision, premiere en 1996. Les événements de Radom 1976 vue par Waclaw Ulewicz, secrétaire du parti de cette ville, depuis la fenetre de son bureau entouré par les manifestants. A côté des acteurs, dans le filme apparaît Tadeusz Mazowiecki, dans le rôle de lui-meme.

1981 LE HASARD / PRZYPADEK - premiere en 1987. Trois variantes paralleles de l’histoire d’un jeune homme, Witek Dlugosz. Toutes les trois débutent par la meme scene: le héros achete un billet de train. C’est ici qu’entre en jeu le facteur hasard, représenté par le train, selon que le héros parvienne ou non a l’attraper… Dans la premiere version le jeune homme rencontre dans le train un communiste de conviction, et devient lui-meme, sous son influence, homme de parti. Dans la seconde variante il se mele a une bagarre sur le quai, se fait arreter et devient, grâce aux gens qu’il rencontre lors de l’arrestation, un militant de l’opposition. Dans la troisieme variante, ayant manqué le train, le jeune homme rencontre une ancienne collegue, tombe amoureux d’elle et fonde une famille, pour mener la vie d’un citoyen ordinaire. Les deux premieres histoires s’achevent sur les événements du Septembre 1980, observés par le héros de deux côtés opposés. La troisieme histoire, apparemment la plus heureuse, trouve un dénouement tragique dans une catastrophe d’avion. Le hasard s’avere etre réalisateur imprévisible de la destinée humaine. (Prix: 1987 - Festival International du Film a Moscou, Prix de l’association des cinéastes soviétiques, Festival des Films Polonais de Fiction a Gdansk, prix du scénario)

1985 SANS FIN / BEZ KONCA (scénario crée en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz). Loi martiale en Pologne. Une jeune femme, veuve d’un avocat spécialisé dans la défense des accusés politiques, n’arrive pas a se retrouver apres la mort de son mari. Le fantôme de celui-ci continue a intervenir dans la vie de son épouse, si bien qu’elle ressente sa présence et, incapable de vivre sans lui, commet le suicide. A l’histoire de la vie intime de l’héroine se joint le motif du proces politique d’un jeune ouvrier. Le fantôme de l’avocat observe la société polonaise sous la loi martiale, le panorama des attitudes politiques et des choix moraux concernant l’éthique professionnelle des hommes du droit.

1988 TU NE TUERAS POINT / kROTKI FILM O ZABIJANIU (scénario crée en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz) - version cinématographique de la cinquieme partie du cycle DÉCALOGUE / DEKALOG, réalisé pour la télévision. Un jeune homme qui vient de rencontrer un avocat tue le soir meme un chauffeur de taxi dans un acte gratuit, sans motif apparent. Saisi, il est condamné a mort et exécuté ; l’avocat ne peut rien faire pour le sauver. La mise a mort du garçon est présentée dans le film avec une précision poignante, en acte de proteste des auteurs du film contre la peine capitale. (Prix: 1988 - Festival des Films de Fiction Polonais a Gdansk, Grand Prix du meilleur film, Festival International du Film a Cannes, Prix du Jury et prix FIPRESCI, Prix Européen du Film "Felix", Prix du Président de la Cinématographie de l’année 1987; 1989 - Canard d’Or du meilleur film polonais de l’année1988, attribué par la revue "Film")

1988 BREVE HISTOIRE DE L’AMOUR (scénario crée en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz) - version cinématographique de la sixieme partie du cycle DÉCALOGUE / DEKALOG réalisé pour la télévision. A l’aide des jumelles, un jeune garçon observe depuis la fenetre sa voisine, femme séduisante de conduite quelque peu légere. La curiosité du jeune homme inexpérimenté se transforme en fascination amoureuse. La femme, accoutumée au cynisme des amants et réduisant l’amour a la relation sexuelle, n’est pas capable de reconnaître la valeur du sentiment que le jeune homme lui offre. (Prix: 1988 – Festival International du Film a San Sebastian, Prix Spécial du Jury, Prix FIPRESCI et Prix OCIC - Prix de l’Organisation Catholique Internationale du Film, Prix au Festival International du Film a Chicago, Grand Prix du meilleur film et prix du scénario au Festival des Films Polonais de Fiction a Gdansk ; 1989 - prix de la réalisation au Festival "Etoiles de Demain" a Geneve, Prix du Président du Comité de la Cinématographie, prix de la critique au Festival International du Film a Sao Paulo, Festival du Film a Strasbourg, prix de la ville de Schiltigheim, 1990 - "Pellicule d’Or")

1988 DÉCALOGUE / DEKALOG (scénario écrit en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz). Suite de dix films réalisés pour la télévision, qui constituent une interprétation, souvent assez libre, du code éthique fondamental du Judaisme et du Christianisme.
  • DÉCALOGUE I - Un seul Dieu tu adoreras. Un jeune scientifique calcule sur son ordinateur la résistance de la glace. Se fiant entierement au résultat obtenu, il permet a son fils de patiner sur le lac gelé. La glace craque et l’enfant se noie. Son pere, accablé de remords, s’inculpe de la mort de son fils. La science est incapable a donner des réponses infaillibles; il n’est pas possible de tout prévoir : une force majeure est toujours susceptible d’intervenir…
  • DÉCALOGUE II - Tu ne commettras point de parjure. Une jeune femme, dont l’époux se débat aux prises avec une maladie mortelle, est enceinte de son amant. Hésitant entre le désir de garder l’enfant et l’avortement, elle décide de soumettre cette décision au sort de son mari. Demandé de préciser les chances de survie du malade, le médecin choisit délibérément la réponse qui garantit la survie de l’enfant.
  • DÉCALOGUE III - Tu respecteras le jour du Seigneur. Abandonnée jadis par son amant, qui ayant choisi la fidélité est devenu mari et pere exemplaire, l’héroine, dans une crise d’affliction, se lance dans un jeu dangereux avec le destin. Elle se jure de commettre le suicide, au moins qu’elle puisse passer la nuit précédant Noël avec l’homme qui l’avait aimée. Finalement, grâce a la ruse et au mensonge, elle parvient a gagner le pari avec le destin et renonce au suicide.
  • DÉCALOGUE IV - Le pere et sa fille commencent a pressentir que leur attachement mutuel dépasse de beaucoup l’amour familial, mais ils n’ont pas de courage de le reconnaître. La jeune fille, étudiante a l’école de théâtre, cherche a provoquer son pere, pour qu’il met a nu ses sentiments : elle lui montre une lettre qu’elle prétend avoir reçue de sa mere, décédée depuis des années. Dans cette lettre la mere avoue que sa fille est d’un autre homme. La jeune fille atteint son but : elle apprend la vérité sur les sentiments de son pere, et cette vérité la satisfait. Parallelement, les héros se persuadent que, meme en faisant abstraction de parenté biologique, ils vont se considérer toujours comme pere et fille. L’héroine brule la lettre authentique de sa mere, sans la lire.
  • DÉCALOGUE V - version télévisée de TU NE TUERAS POINT
  • DÉCALOGUE VI - version télévisée de BREVE HISTOIRE DE L'AMOUR
  • DÉCALOGUE VII - Tu ne voleras pas. Pour protéger sa fille du scandale, sa mere reconnaît l’enfant mis au monde par l’adolescente. Quelques années plus tard, sa fille, déja adulte, veut récupérer son enfant dont elle se considere dépossédée par sa propre mere. Ainsi la petite fille de quelques ans est réduite au rôle d’objet de la querelle, d’une chose qu’on peut s’accaparer ou disputer.
  • DÉCALOGUE VIII - Pendant la seconde guerre mondiale l’héroine avait refusé son aide a une petite fille juive, car cela aurait exigé qu’elle mente. Elle cherche a justifier son attitude en s’attachant aveuglement a des regles rigides de la morale, qu’elle déhumanise. Aujourd’hui cette meme femme est un professeur de l’étique respecté, mais la décision qu’elle avait prise dans sa jeunesse n’a jamais cessé de lui peser.
  • DÉCALOGUE IX - Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui. Histoire d’un couple dont la vie sexuelle est anéantie par la maladie de l’époux, devenu impuissant. Ce n’est pas pourtant l’infirmité, mais la jalousie qui s’avérera etre une menace pour le couple. Le film est aussi appelé "Breve histoire de jalousie".
  • DÉCALOGUE X - Tu ne convoiteras pas les biens de l’autrui. Apres la mort de leur pere, les deux fils découvrent qu’il leur avait légué une collection de timbres d’une valeur extraordinaire. Ayant la richesse a portée de la main, les deux hommes se laissent gagner par la convoitise : ils veulent a tout prix compléter la collection avec le seul timbre manquant. Pour le faire, l’un des freres en va jusqu’a vendre son rein. Peu apres, la collection est volée, ce qui met a nu l’absurdité de la conduite des deux hommes.

(Prix: 1989 - prix FIPRESCI et "Young Cinema" au Festival International du Film de Venise; prix de la critique au WORLD FILM FESTIVAL MONTREAL; prix de la critique a INTERNATIONAL FILMS MEETING, Dunkirk; Festival International du Film a SAN SEBASTIAN, OCIC - prix de l’Organisation Catholique Internationale du Cinéma ; Festival International du Film a Sao Paulo, prix de la critique; 1990 - Ecran d’Or de l’année 1989, prix de la revue Ekran; "Pellicule d’argent", prix de l’Association de la Critique Cinématographique Italienne pour le meilleur film étranger présenté en Italie; 1994 - Prix de la fondation "Bible et culture" de Stuttgart pour l’actualité de la thématique soulevée dans Le Décalogue; 2000 - prix spécial de l’Association Américaine des Critiques du Film - NSFC, pour l’apport au développement du film étranger) Production: Pologne, Berlin de l’Ouest.

1991 LA DOUBLE VIE DE VERONIQUE / PODWOJNE ZYCIE WERONIKI (scénario écrit en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz). Deux jeunes filles identiques, portant le meme nom et dotées d’une sensibilité particuliere, vivent dans deux pays différents. Bien qu’elles ne se soient jamais vues, un lien mental particulierement fort les unit, ce qu’elles pressentent intuitivement. Lorsque l’une d’elles, polonaise et chanteuse professionnelle, meurt suite a l’effort excessif pendant un concert, son alter-ego française, guidée par une impulsion mystérieuse, abandonne la carriere de musicienne. (Prix: 1992 - Canard d’Or, prix de la revue "Film" pour le meilleur film polonais de l’année 1991, Prix du Jury ocuménique au Festival International du Film a Cannes) Production : Pologne, France.

1993 TROIS COULEURS. BLEU / TRZY KOLORY: NIEBIESKI (scénario écrit en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz). Julie perd son mari et sa fille dans un accident de voiture. La tragédie qu’elle vient de vivre plonge la jeune femme dans une léthargie profonde, si bien qu’elle refuse délibérément de se retrouver dans la vie. Un long temps doit s’écouler avant qu’elle ne recouvre les forces qui lui permettront de profiter de la liberté, et qui la rendront capable de faire des choix. (Prix: 1993 - Festival International du Film a Venise, Lion d’Or; 1994 - nominé a César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario; Tarnow, le Prix Cinématographique de Tarnów - Maszkaron - prix du public; Canard d’Or, prix de la revue "Film" - prix spécial de l’année 1993) Production: Pologne - France.

1994 TROIS COULEURS. BLANC / TRZY KOLORY: BIALY (scénario écrit en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz). Une jeune Française, femme séduisante, quitte son mari, coiffeur émigré de Pologne, personnage apparemment banal. Visiblement, elle le dédaigne, en s’estimant beaucoup plus haut elle-meme. Cependant, la détermination et la ruse du Polonais désespéré vont surprendre la jeune femme : le mari abandonné exerce sur elle une vengeance ingénieuse et cruelle, afin de lui inspirer du respect et, peut-etre, de l’amour…. Kieslowski affirme avoir utilisé dans le BLANC des moyens d’expression inhabituels pour son art, proches de la comédie. (Prix: 1994 - Ours d’argent de la réalisation au Festival International du Film a Berlin; 1995 - prix de la revue "Film", Canard d’Or du meilleur film polonais de l’année 1994) Production : Pologne, France.

1994 TROIS COULEURS. ROUGE / TRZY KOLORY: CZERWONY (scénario écrit en collaboration avec Krzysztof Piesiewicz). Récit riche en signes et symboles, évoquant la grande quete de la « seconde moitié » L’histoire des héros suggere que les couples idéaux soient en quelque sorte programmés par le destin, mais les partenaires risquent de ne jamais se rencontrer, errant dans le temps et dans l’espace. Afin de retrouver sa moitié dans le labyrinthe de la vie, il faut lire attentivement les signes chiffrés que le destin nous envoie. (Prix: 1994 - nomination a Oscar du scénario, de la réalisation et des photos de Piotr Sobocinski, nomination a BAFTA, prix de l’Académie britannique de l’art cinématographique, pour l’originalité du scénario et pour la réalisation, nomination a César du scénario et de la réalisation, Prix G. Melies). Production : Pologne, France.

Autres

Cinéaste, Krzysztof Kieslowski était parallelement metteur en scene des spectacles télévisés : PERMIS DE CHASSE / POZWOLENIE NA ODSTRZA (selon Zofia Posmysz, 1972), ÉCHEC AU ROI / SZACH KROLOWI selon "Nowela szachowa" de Stefan Zweig, 1973), LE FICHIER / KARTOTEKA (selon le drame de Tadeusz Rozewicz, 1976) et DEUX SUR UNE BALANÇOIRE / DWOJE NA HUSTAWCE (selon William Gibson, 1976). A Teatr Stary de Cracovie Kieslowski mit en scene son propre drame CURRICULUM VITAE, selon le film du meme titre.

Les scénarios sortis de sous la plume de Kieslowski servirent a la réalisation de quelques films. En 2000 Jerzy Stuhr réalisa LA GRANDE BETE / DUZE ZIWERZE, adaptation de la nouvelle de Kazimierz Orlos "Wielblad" ("Chameau"). En 2001 Tom Tykwer réalisa, en coproduction italo-allemande, le film HEAVEN selon le scénario de la troisieme partie de triptyque ENFER, PURGATOIRE, PARADIS.

La vie et l’ouvre de Kieslowski fournirent le sujet a quelques documentaires : I'M SO-SO, de1995, KIESLOWSKI ET SON "AMATEUR" / Kieslowski i jego "Amator" de 1999 - tous les deux réalisés par Krzysztof Wierzbicki, LEÇON DE CINÉMA / Lekcja kina de Dominique Rabourdin, réalisé en 1996, LA DERNIERE RENCONTRE AVEC KRZYSZTOF KIESLOWSKI / Ostatnie spotkanie z Krzysztofem Kieslowskim, film de Mikolaj Jazdon, réalisé en1996.

Ewa Nawoj et Jan Strekowski
mai 2004
 

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