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Anthologie de la poésie polonaise



l'Année de Jerzy Giedroyc l'Année 1956

09.02.2010

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biographies
littérature
WITOLD GOMBROWICZ
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Né en 1904 à Maloszyce près de Opatow, mort en 1969 à Vence, en France. Prosateur, dramaturge, essayiste. Il a étudié le Droit à l'Université de Varsovie et la philosophie et sciences économiques à Paris. En 1933 il a publié PAMIETNIK Z OKRESU DOJRZEWANIA / MEMOIRES DU TEMPS DE L'IMMATURITE, un recueil des récits - pleins d'humour, jouant avec la forme de la "littérature basse", totalement incompris par la critique.

Quatre ans plus tard a été publié le premier roman de Gombrowicz, FERDYDURKE, où apparaissent pleinement les sujets continués plus tard également dans ses oeuvres postérieures - le problème d'immaturité et de jeunesse, la "gueule", le masque dont l'homme se couvre envers les autres, les délibérations sur l'oppressivité de la société et de la culture - surtout polonaise, nobiliaire, catholique et provinciale. La réaction de la critique envers FERDYDURKE a été violente, les lecteurs se sont divisé en partisans et ennemis de Gombrowicz. Le livre a été estimé entre autres par Bruno Schulz et Zofia Nalkowska.
"Depuis longtemps nous avons perdu l'habitude des phénomènes si émouvants, des explosions d'une telle dimension que le roman de Witold Gombrowicz FERDYDURKE. Nous nous trouvons en face d'une manifestation exceptionnelle du talent d'écrivain, d'une forme nouvelle et révolutionnaire du roman et de la méthode de narration et enfin d'une découverte fondamentale, d'une annexion d'un domaine nouveau des phénomènes spirituels, un domaine sans maître et sans patron où jusqu'à maintenant régnait seulement la plaisanterie irresponsable, le calambour et le non-sens" - écrivait Bruno Schulz dans sa critique.
En 1938 a parut le premier texte dramatique de Gombrowicz IWONA KSIEZNICZKA BURGUNDA / YVONNE, LA PRINCESSE DE BOURGOGNE , une grotesque sur la forme, la coutume et la cérémonie qui s'épanouissent et oppressent l'individu qui n'est pas capable et ne sait pas s'en libérer. Cependant le texte a passé inaperçu.

Un mois avant l'éclatement de la II Guerre Mondiale Gombrowicz a pris le transatlantique vers l'Argentine. Il a passé la période de la guerre en Amérique Latine, il a choisi consciemment l'émigration bien que le milieu enfermé des émigrés polonais en Argentine l'énervait et le faisait rire. Ces livres d'avant guerre ont été oubliés en Pologne, à l'étranger il n'arrivait pas pendant longtemps à se faire remarquer. Jan Kott écrivait dans le journal "Rzeczpospolita":
"Gombrowicz pendant plusieurs années, presque jusqu'à la fin de son émigration argentine, vivait à la limite de la misère. Il avait sa propre table dans un café médiocre à Buenos Aires, il jouait là aux échecs avec de jeunes amis parmi lesquels aucun n'était à l'époque écrivain. Page par page, phrase par phrase, il traduisait alors FERDYDURKE en espagnol. Depuis son départ en Argentine aucun de ses livres n'est sorti en Pologne. YVONNE... n'est jamais mise en scène. Sont passées plusieurs années pour que son nom soit connu dans le monde entier."
Seulement vers la moitié des années cinquante est sorti la seconde édition polonaise du premier roman de Gombrowicz, a été édité le drame écrit en 1946 en Argentine SLUB / LE MARIAGE et son édition française.
"La pièce est une transposition grotesque mais strictement homologue des évènements qui ont eu lieu sous de différentes formes dans toute une série des pays de l'Europe de l'Est et en Russie, des évènements montrés évidemment dans la vision aristocratique et chrétienne de Gombrowicz. (...) Si la grotesque est le trait commun de deux pièces (YVONNE et LE MARIAGE), c'est particulièrement dans LE MARIAGE qu'elle prend la forme clairement onirique (...). En 1935 Gombrowicz fait vivre sur la scène une société dans laquelle il vit toujours et à laquelle il appartient toujours; en 1946 il reconstruit à distance un processus historique qui, dans sa vision, a provoqué l'annulation de l'histoire." - comparait LE MARIAGE avec YVONNE... Lucien Goldmann.
Gombrowicz est devenu connu dans les années soixante. C'est à cette époque que sortent les éditions françaises de deux romans: PORNOGRAPHIE, COSMOS, JOURNAUX, considérés par plusieurs connaisseurs de la littérature comme les œuvres les plus éminentes de l'écrivain. Et l'OPERETTE, un texte grotesque pour la scène sur l'histoire du XXème siècle et les révolutions: "Pourquoi l'opérette? Pourquoi Gombrowicz l'associe avec l'art moderne quand presque personne des gens du théâtre ne s'approche des bâtiments où elle célèbre ses cérémonies joyeuses et stupides? - se posait la question Jan Blonski. Et bien, à mon avis, parce que l'opérette (...) est le genre théâtral le plus conventionnalisé. Nulle part le geste est plus sobre, nulle part également le stéréotype n'est plus insolent." A cette époque les drames de Gombrowicz sont sortis sur les scènes étrangères et - avec de grandes difficultés - sur les scènes polonaises. C'est à cette époque-là que Gombrowicz est retourné en Europe - d'abord il a reçu une bourse d'un an à Berlin d'Ouest, après il s'est installé au Sud de la France où il est mort et où il a été enterré.

Gombrowicz appartient aux écrivains exceptionnels dans l'histoire de la littérature - tout au moins à cause de sa philosophie, sa façon de construire des textes et la force de son langage. Il était toujours en querelle avec la tradition polonaise, avec l'histoire, cette querelle n'était cependant qu'un point de départ pour créer des textes sur cette tradition et cette histoire enracinées et universelles à la fois. "Gombrowicz est resté écrivain - et homme - qui voulait à tout prix rester indépendant... indépendant de son imagination et son originalité... de n'importe quels gens, dieux, sociétés ou doctrines. On peut, et on doit, ajouter: il ne voulait non plus rendre sa propre culture, se résigner à la médiocrité du sol sur lequel il a poussé". (Jan Blonski, "Sur Gombrowicz" dans: "Gombrowicz et les critiques")

"L'œuvre de Gombrowicz ne peut pas être mesurée par l'écoulement de quelques décennies. C'est un monument de la prose polonaise, une partie de cette totalité à laquelle appartiennent également Pasek et Sienkiewicz. Trente ans après la mort de l'auteur on ne peut que se poser la question sur la condition de la Pologne d'aujourd'hui par rapport à celle avec laquelle il luttait, en voulant introduire la notion de la "filsetrie" au lieu de la patrie. Est-elle la même, elle lui ressemble ou bien elle est tout à fait différente? La réponse à cette question n'existe pas, parait-il, d'autant plus que dans aucune oeuvre littéraire la Pologne des dernières années ne s'est pas montrée dans tout son être." (Czeslaw Milosz)

"Le théâtre polonais d'aujourd'hui est doublé de Gombrowicz depuis Jurek Grotowski (sans Gombrowicz 'Apocalypsis cum figuris' n'aurait pas pu exister- avait déclaré une fois Puzyna), jusqu'à Grzegorz Jarzyna. Après 1989 personne ne cherche en lui l'appui contre les mensonges soviétiques et ce n'est pas en lui que les jeunes cherchent l'inspiration pour la révolte, mais comme modèle d'un intellectuel solitaire et indépendant qui n'accepte pas les compromis et qui est tellement sincère que ça fait mal, il reste toujours irremplaçable. En attaquant, en démasquant nos complexes polonais, il nous en a désensorcelé en quelque sorte, il nous a européanisé." (Jerzy Jarocki)

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