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Contenu: | L'objectif entre des mains d'artistes | Les "classiques" de la néo-avant-garde | Ironie, grotesque, regard ironique sur soi-même | À la frontière de la photographie, de la performance et de la vidéo | La photographie élémentaire | Les individualistes | Photographie publicitaire et utilitaire | Principales institutions | Informations complémentaires: Notes biographiques |
L'objectif entre des mains d'artistes
C'est depuis le début de son histoire que la photographie en Pologne est fortement dépendante des conditions politiques. Dans la deuxième moitié du XXe siècle l'art polonais a connu le défi d'un système politique totalitaire, que les communistes ont imposé après la IIe guerre mondiale et qui a duré jusqu'en 1989. Quand on compare la Pologne avec les autres pays du bloc communiste, on constate que la politique culturelle y était assez libérale pour que des formes indépendantes de l'art aient pu y exister et établir les bases de la vie artistique d'aujourd'hui. Les artistes, dans leur volonté de s'opposer à la politique de l'État qui voulait leur imposer le réalisme, se référaient aux traditions de l'avant-garde et adoptaient une stratégie dite "néo-avant-gardiste" ; cette stratégie s'appliquait aussi à la plupart des initiatives dans le domaine de la photographie. La quasi-absence de la photographie utilitaire et la censure des publications n'étaient qu'un argument de plus pour que les artistes dirigeassent leur énergie vers la photographie expérimentale.
Autant à la fin des années 40 Zbigniew Dlubak était le seul photographe résolument avant-gardiste, autant dans la deuxième moitié des années 50 il y avait déjà une quinzaine d'artistes comme lui. Ils travaillaient habituellement en groupes de quelques personnes, comme, par exemple Zdzislaw Beksinski, Jerzy Lewczynski et Bronislaw Schlabs qui en 1959 ont organisé une présentation intitulée
Antyfotografia (
Anti-photographie). La méthode de Beksinski consistait à juxtaposer sur des panneaux ses photos "artistiques" et des reproductions, qui formaient un tout surréaliste ; Lewczynski prenait des photos sur lesquelles figuraient des affiches, des notes ou des vieux objets pour en composer des séries ; les travaux de Schlabs étaient un équivalent photographique de la peinture "informelle". Un autre artiste, Andrzej Pawlowski, lié à
Grupa Krakowska - un groupe avant-gardiste de Cracovie, créait à l'époque des cycles de photos sans utilisation d'un appareil photographique, basés uniquement sur des réactions chimiques, et en 1957 organisait des projetctions lumineuses Kineform.
C'est le groupe
Zero-61 qui était très actif dans les années 60, notamment avec une exposition des plus retentissantes,
W starej kuzni (
Dans la vieille forge, Torun 1969). Elle présentait des oeuvres d'art photographiques mélangées à des objets trouvés sur place. Les artisans de cet événement (Jozef Robakowski, Antoni Mikolajczyk, Andrzej Rozycki, Wojciech Bruszewski) faisaient déjà en 1970 partie d'un autre groupe de créateurs,
Warsztat, qui était attaché à l'École Supérieure de Cinéma à Lodz ; aujourd'hui encore, ils comptent énormément dans les domaines de la photographie, du film et de la vidéo. C'est aussi en 1970 qu'est né le groupe
Permafo (Zbigniew Dlubak, Natalia Lach-Lachowicz, Andrzej Lachowicz), dont les initiatives mettaient un accent sur la fluidité des frontières dans l'art et sur la continuité de l'art - pareille à celle des phénomènes de la vie quotidienne ; le groupe documentait les situations artistiques qu'il créait par des photos et des films. Les "photomédias" sont alors devenus un outil important dans l'étude des modes de perception - outil qui servait ainsi à provoquer des discussions sur la notion de l'art.
Deux expositions collectives, qui ont permis de prendre connaissance des capacités de la photographie indépendante et créative en Pologne, ont joué un rôle fondamental pour le développement de celle-ci :
Fotografia subiektywna (
Photographie subjective) en 1968 et
Fotografowie poszukujacy (
Photographes qui cherchent) en 1971. C'était surtout cette dernière exposition qui montrait des possibilités d'expression nouvelles, obtenues grâce aux installations, aux photo-objets et aux séquences ; par la suite, elle a voyagé avec succès dans plusieurs pays européens, aux USA et au Japon. Comme c'était aussi une époque du développement de la contreculture, plusieurs artistes de talent (comme, entre autres, Tadeusz Kantor, Wieslaw Borowski, Zdzislaw Jurkiewicz, Janusz Bakowski, Ireneusz Pierzgalski) ont commencé à se servir des photomédias. Certains milieux estudiantins ont alors fait preuve d'une activité particulièrement intense, créant des groupes et des galeries centrés sur la photographie et les multimédias. Nombreux sont les artistes qui, ayant débuté pendant les années 70 dans le cadre de ce mouvement-là, passent encore aujourd'hui pour des leaders de la photographie en Pologne.
C'est l'exposition internationale
The Family of Man, montrée en Pologne en 1959, qui a été une expérience marquante pour plusieurs photographes. Zofia Rydet l'a prise comme modèle en 1961 et 1964, quand elle montrait les résultats de ses observations du monde des enfants et des personnes âgées. Cette même artiste a entrepris plus tard le projet de faire systématiquement des portraits de gens à leur domicile ; en 1990 elle en possédait déjà une quinzaine de milliers, recueillis principalement à la campagne et dans des banlieues ouvrières au sud du pays. Le cycle
Misteria (
Mystères) réalisé par Adam Bujak a été un autre événement photographique important ; commencé aux environs de 1965, il présentait des formes vivantes du culte religieux qui se développaient en Pologne en dépit de la politique athée de l' État. Pawel Pierscinski et Fryderyk Kremser développaient dans leur travaux une conception de "photographie patrimoniale". P. Pierscinski est depuis 1963 organisateur de la Biennale du paysage polonais, qui est la plus ancienne manifestation photographique en Pologne (juste après, dans l'ordre d'ancienneté, viennent les
Confrontations photographiques qui depuis 1969 se déroulent à Gorzow Wielkopolski).
La pression de la politique sur le domaine de l'art s'est à nouveau renforcée dans les années 80. La naissance, en 1980, du mouvement réformateur Solidarnosc et la loi martiale que le pouvoir communiste avait instaurée en 1981 ont incité la majorité des artistes à se déclarer ouvertement du côté de l'opposition politique. Les photographes établissaient des documentations relatives aux grèves et aux manifestations ; par ailleurs, ils se joignaient à certaines recherches "expressives" dans le domaine de l'art, qui associaient des traditions néo-avant-gardistes aux tendances postmodernes. Parmi les acquis de ce temps-là, il faut citer les festivals de photographie sociologique organisés par Andrzej Batura, un vaste cycle qu'était
Fotodziennik (
Photojournal) de Anna Bohdziewicz, les documentations de Zofia Rydet, les manifestations de "Kultura Zrzuty" (présentations de la création indépendante et anarchisante) et encore les rencontres des photographes orchestrées par Stefan Wojnecki, qui ont débouché sur une grande exposition intitulée
Polska fotografia intermedialna lat osiemdziesiatych (
Photographie polonaise intermÉdiale dans les années 80, Poznan 1988).
Les "classiques" de la néo-avant-garde
Quelques artistes auxquels on pourrait donner le nom de "classiques" de la néo-avant-garde, continuent encore de nos jours à détenir une place importante dans la photographie polonaise. Ces gens-là ont su faire face aux deux chocs subis par l'art en Pologne, à savoir la réévaluation postmoderne des principes d'avant-garde dans les années 80, et la modification profonde des conditions de fonctionnement de la culture après 1989, quand on a rétabli les règles de la démocratie et un marché libre. Zbigniew Dlubak (né en 1921) est un de ces "classiques" ; pendant de longues années il a joué le rôle de leader du courant analytique et conceptuel dans l'art polonais. Après un court silence qui avait suivi son installation définitive en France au début des années 80, Dlubak est revenu sur la scène artistique polonaise avec un cycle portant le titre
Asymetrie (
Asymétries). On a pu alors constater que ses cycles de peintures et de photographies, ascétiques et profondément prémédités, sont devenus plus sensuels avec le temps, tout en gardant le potentiel intellectuel propre à cet artiste. Dans les années 90, il y eut en Pologne quelques grandes retrospectives qui ont occassionné des discussions sur le rôle de la tradition avant-gardiste dans le monde actuel ; les écrits théoriques sur l'art et la photographie que Dlubak publiait depuis 1948 ont été un point de répère dans ces discussions.
Natalia Lach-Lachowicz (née en 1937) est une autre personnalité d'exception dans l'art contemporain ; dans les années 70, elle a collaboré avec Dlubak au sein du groupe
Permafo. Nombre de ses œuvres sont des autoportraits accompagnés d'accessoires et de fragments peints qui les rendent extrêmement expressifs. D'autres photographies sont en rapport avec les nombreuses actions artistiques de Natalia Lach-Lachowicz ; l'artiste, qui tente d'exprimer à travers elles des questions fondamentales de l'existence, utilise des symboles empruntés à la mythologie et à la théologie chrétienne. Certains aspects de son travail sont liés à sa participation (depuis 1975) dans le courant féministe de l'art. L'artiste se sert avec aisance de différents supports (la vidéo, la peinture, les installations) ; tout cela incite très fortement le spectateur à une réception intellectuelle de l'art. Natalia Lach-Lachowicz est également l'auteur d'importants textes théoriques.
Zofia Kulik (née en 1948) est également une artiste dont on connaissait le nom aussi bien en Pologne qu'à l'étranger tout au long des années 90. Depuis environ une dizaine d'années, elle crée des compositions de grande taille, dans lesquelles elle se sert du photomontage et de la multiplication des motifs photographiés, tels que silhouette humaine nue, étandard, pointe, décoration militaire, obus, fil de fer, chardon et aussi scènes d'exécution tirées d'émissions télévisées. Il y a là une tentative de régler ses comptes avec l'idéologie totalitaire, et aussi une réflexion sur le conditionnement psychologique de la domination, de la violence et de la soumission. Les œuvres de Kulik, grandes de plusieurs mètres carrés, prennent tantôt la forme d'une tapisserie, tantôt d'une mandala, tantôt suggèrent les contours d'une construction gothique. Ses autres travaux récents sont des documentations photographiques qui constituent une impressionnante reconstruction des actions artistiques passées qu'elle entreprenait en collaboration de Przemyslaw Kwiek. En effet, ayant été une des principales personnalités d'un courant alternatif et critique dans l'art polonais des années 70 et 80, Kulik avait réuni de très riches archives sur l'histoire de celui-ci.
Jozef Robakowski (né en 1939), autrefois membre du groupe
Zero-61, n'a jamais interrompu ses recherches artistiques ; son activité actuelle englobe le cinéma d'auteur, la photographie, les installations et la peinture. Il s'occupe également de l'organisation d'expositions collectives, comme
Energie obrazu (
Énergies de l'image). Robakowski étend ses recherches sur le domaine des télémédias car, comme il le souligne, "chaque nouvelle technique est pour la créativité humaine une nouvelle occasion de se révéler". Sa stratégie d' "enregistrements mécanico-biologiques" auxquels il donne des formes diverses, traduit une attitude fréquente dans l'art du XXe siècle, où une manifestation de vitalité instinctive s'associe à l'intégration dans le travail créatif de supports nouveaux. Robakowski est expert en histoire de l'art et auteur de plusieurs textes théoriques et critiques sur l'art contemporain. Dans son appartement de Lodz, il anime une "Galerie d'échanges" dans laquelle se trouvent des œuvres d'artistes du monde entier. Antoni Mikolajczyk (1939-2000) fut son collaborateur pendant de longues années ; vers la fin de sa vie, l'artiste s'est consacré essentiellement à la création d'installations lumineuses qu'il photographiait ensuite suivant sa méthode originale. Un grand nombre de ses travaux photographiques sont des enregistrements des trajets d'objets lumineux en mouvement, faits sur de longues tranches de temps. Mikolajczyk était aussi enseignant et, à travers cette activité, il a exercé une certaine influence sur l'art de la photographie et de la vidéo en Pologne.
Le personnage de Stefan Wojnecki (né en 1929) est un des plus importants dans le monde de la photographie en Pologne. Encore dans les années 50, ses recherches visaient à déterminer des points de contact entre la science, la technique moderne et l'art. Dans ses innombrables expérimentations il testait les différents modes d'existence de la photographie. Ainsi, son cycle
Pozaprzedmiotowosc (
Au-délà de l'objet), montrait comment s'interpénètrent les différents niveaux d'existence de la matière. Dans les années 80, Wojnecki est devenu un théoricien de la photographie influent ; il critiquait le caractère abstrait de l'art avant-gardiste et proposait plutôt le modèle postmoderne, ayant la particularité de révéler la présence des contextes (par exemple du contexte culturel ou privé). Wojnecki considère que l'art idéal est celui qui franchit toutes les barrières, et que la photographie le fait particulièrement bien quand elle profite des possiblilités offertes par les médias électroniques. Au cours des années 90, Stefan Wojnecki a su développer d'une manière tout à fait impressionnante l'enseignement de la photographie à l'Académie des Beaux Arts à Poznan ; de plus, au moyen de rencontres et d'expositions, il a fait de cette ville le centre le plus important de la photographie en Pologne, ce qui s'est notamment traduit par le fait que deux éditions de la
Biennale de la Photographie Polonaise y ont eu lieu (en 1998 et en 2000).
Ironie, grotesque, regard ironique sur soi-même
Les traditions de la néo-avant-garde servent de référence aussi à plusieurs artistes des générations plus jeunes, quoique cette filiation prend parfois des formes surprenantes. Ainsi, le groupe
Lodz Kaliska fondé en 1979 (Marek Janiak, Andrzej Kwietniewski, Andrzej Swietlik en sont membres), s'est longtemps acharné à parodier les stratégies avant-gardistes, en se retournant de ce fait contre toute autorité, convention et critère artistique préexistants à l'œuvre. En 1999, le groupe a fait à nouveau beaucoup parler de lui à cause des nombreuses manifestations qu'il organisait pour fêter vingt ans de son activité. Son propos consiste à fournir des commentaires sur des questions de nature diverse, ces commentaires ayant la forme d'une parodie ou d'un pastiche ; les artistes se servent de la photographie et du film pour enregistrer leurs actions. Andrzej Swietlik, actuellement très apprécié comme portraitiste, est l'auteur de la plupart de ces photos. Le regard ironique que les artistes portent sur eux-mêmes confère une valeur tout à fait extraordinaire à ses portraits ainsi qu'aux enregistrements des actions de
Lodz Kaliska; des sujets grotesques se mêlent à l'esthétique raffinée de la photographie commerciale.
L'exposition
Fotologia (
Photologie) montée en 1993 par Krzysztof Pruszkowski (né en 1943) a été un des événements photographiques majeurs de la dernière décennie. L'artiste y a montré des photographies d'Égypte élaborées selon une méthode qui consistait à superposer plusieurs prises d'un même objet, cette méthode étant en rapport avec le caractère extrêmement synthétisant de l'art de l'Égypte ancienne. Pruszkowski s'était déjà fait connaître en 1980 grâce à son travail
Alexander qui illustrait la vie d'un clochard parisien. Par la suite, on s'est mis à associer son nom à la méthode de "photosynthèse" dans laquelle la superposition d'images d'objets d'un même type faisait ressortir la nature toute relative des généralisations et des typologies. Ainsi, les "photosynthèses" d'une soixantaine de passagers de métro voyagant en première et en seconde classe, étaient un commentaire ironique aux signes de différences sociales. Pruszkowski qui se refuse à utiliser dans ses "photosynthèses" la technique numérique, clame que la composition manuelle des images est plus expressive et plus porteuse intellectuellement (attitude qu'il partage avec Zofia Kulik). Actuellement, il travaille à des projets qui seront une analyse de certaines photographies anciennes.
Wojciech Prazmowski (né en 1949) et Grzegorz Przyborek (né en 1949) se sont fait connaître et apprécier en tant qu'artistes encore dans les années 80, et ce aussi bien en Pologne qu'à l'étranger. Prazmowski aime se servir dans son travail de photographies anciennes qu'il superpose et qui à un moment commençent à s'interpénétrer comme des couches de mémoire. Il utilise également des photographies pour créer des objets en trois dimensions, dans lesquels le côté sentimental et intime du souvenir qu'est la photographie s'unit au pathétique d'un monument. Après une période durant laquelle il aimait assembler des images photoghraphiques de la nature et des objets naturels tels que des ailes ou des branches, Grzegorz Przyborek s'est mis dans les années 90 à construire des formes symboliques à trois dimensions qu'il photographiait ensuite. Au moyen de principes d'optique, l'artiste parvenait à créer des énigmes visuelles, dans le genre que l'on trouve parfois dans la peinture surréaliste. Przyborek a pris l'habitude de présenter lors de ses expositions, à côté des photographies, des croquis et des objets en trois dimensions qui avaient permis la création de celles-ci ; à travers ce procédé-là il montre non seulement les étapes de son processus de création, mais aussi les possibilités incluses dans les différents moyens d'expression.
Les problèmes liés au caractère conventionnel de l'image du monde et à sa déconstruction préoccupent aussi Krzysztof Cichosz (né en 1955). La méthode de cet artiste consiste à emprunter des motifs aux images photographiques que tout le monde connaît, pour ensuite les diviser en petits fragments. Disposés sur plusieurs couches de film plastique transparent, ces fragments ne permettent la reconstruction de l'image de base qu'à partir d'un certain point de vue. Aussi captivantes sont les installations photographiques de Konrad Kuzyszyn (né en 1961). Le corps humain reste la référence de base pour cet artiste qui le montre par fragments qui font parfois penser à une conservation médicale. Le raffinement des arrangements sert à Kuzyszyn à insister sur le côté mystérieux du phénomène de la vie et à lancer des questionnements sur le sens de celle-ci (ne serait-ce qu'en ajoutant à la photographie une projection électronique de textes). Irena Nawrot (née en 1960) traite le corps humain comme une sorte de peinture de fond : elle le prend en photo par fragments et ensuite colorie ces vues rapprochées. En résultat, ses travaux dégagent une sensualité subtile, dans laquelle se perd la matéralité des corps.
À la frontière de la photographie, de la performance et de la vidéo
… se situent les créations des artistes comme Leszek Golec (né en 1959), Jerzy Truszkowski (né en 1961) et Katarzyna Kozyra (née en 1963). Kozyra est particulièrement intéressée par le problème de l'inévitable destruction du corps et par les normes de comportement en rapport avec le fonctionnement du corps, surtout dans la sphère de la sexualité. Plusieurs de ses travaux sont des nus et des documentations qui montrent des gens dans des situations intimes (elle a notamment filmé avec une caméra vidéo portative des hommes et des femmes dans des bains publics). Les initiatives artistiques de Kozyra - qui ne manquent pas de références personnelles - ont plus d'une fois occasionné des polémiques sur la question de la morale dans l'art. Les recherches artistiques de Jerzy Truszkowski, vont dans une direction similaire, et ce depuis la fin des années 70. Dans ses photographies, une esthétique raffinée rejoint la thématique de la mutilation et de la violence, ce qui permet de se rendre compte combien destructrices peuvent être les manifestations de la conscience humaine. Truszkowski est intéressé par les fonctions repressives des symboles et par la manière qu'ils ont de se cacher derrière le paravent de l'esthétique. Quant aux photographies de Leszek Golec, d'une toute autre nature, elles tentent de montrer des situations qui sont comme suspendues au-delà des significations concrètes.
Waldemar Jama (né en 1942) est un artiste fasciné par les découvertes qu'il fait dans son environnement : il y trouve des formes visuelles qu'il peut ensuite faire ressortir grâce à la photographie. Agissant ainsi, Jama parvient à joindre des valeurs documentaires aux valeurs créatrices, par exemple en donnant une interprétation poétique aux éléments architecturaux. Jama est actif dans le milieu de la photographie polonaise depuis les années 70, tout comme Marek Gardulski (né en 1952), auteur de nus très subtils ainsi que de compositions minitieusement orchestrées en clair-obscur et, enfin, de séries documentaires impressionnantes sur l'architecture industrielle. Ils serait cependant difficile de classer ces artistes-là, tout comme leurs cadets Wieslaw Barszczak (né en 1958) et Leszek Wesolowski (né en 1965), parmi les représentants d'un courant précis. Ils savent tous adroitement profiter du double statut de la photographie comme moyen objectif et en même temps personnel d'expression - un moyen qui permet d'associer l'observation du monde extérieur à l'expression du vécu subjectif.
La photographie élémentaire
Un courant à part, qui dans les années 80 a pris la dénomination "photographie élémentaire", fut constitué par des artistes fascinés par l'observation de la nature. L'important pour eux, c'est de reproduire directement et avec le plus de précision possible l'état de la nature, ce propos devant être accompagné par la capacité du photographe à percevoir et à analyser les phénomènes de la nature, et aussi de les capter au juste moment. Les représentants de ce courant utilisent habituellement des appareils traditionnels de grand format et se servent même parfois de la photographie sténopée (pin-hole), ce qui cache une attitude de résistance aux dernières technologies d'enregistrement et de transformation des images. Il arrive qu'on trouve parmi leurs travaux des photographies stylisées à l'ancienne, d'une manière générale cependant ils témoignent tous d'une recherche artistique tout à fait moderne, née d'un besoin de répliquer à la froideur du photomédialisme conceptuel. Les artistes en question mettent en avant les spécificités techniques de la photographie d'une part, et d'une autre part leur manière profondément personnelle de voir le monde. Wojciech Zawadzki (né en 1950) et Andrzej Lech (né en 1955) ont été les pionniers d'une telle approche ; aujourd'hui, on connaît aussi les noms de Ewa Andrzejewska (née en 1959), Janusz Lesniak (né en 1947), Bogdan Konopka (né en 1953), Marek Szyryk (né en 1966).
Stanislaw Wos (né en 1951) et Pawel Zak (né en 1965) sont tous les deux proches de ce courant, cependant ils ont souvent recours à la mise en scène de leurs prises et aussi au photomontage. Leur style pourrait être considéré comme du néo-picturalisme, tant ils prennent soin du traitement esthétique des épreuves et font appel à l'impression pure.
Les individualistes
Deux photographes, qui travaillent depuis longtemps en totale indépendance par rapport aux tendances collectives, méritent une attention particulière. Edward Hartwig (né en 1909) poursuit une activité ininterrompue depuis la fin des années 20. Son style personnel consiste à faire ressortir les valeurs graphiques de l'image, tout en puisant son inspiration dans des sources diverses. La parution de son album
Fotografika (
Photographie artistique) en 1960 a été un événement important, mais ces dernières années Hartwig en a encore publié de nouveaux. Plus d'une fois, il a réussi à surprendre le public, notamment par les travaux dans lesquels il se concentrait sur la question de la couleur. Krzysztof Gieraltowski (né en 1938) est aussi un artiste qui a élaboré un langage tout à fait individuel ; dans les années 70, il a commencé un cycle de portraits de personnes, poursuivi jusqu'à ce jour, dans lequel il tend à faire ressortir les caractéristiques intérieures de la personnalité de ses modèles. Gieraltowski tend habituellement à une forte expressivité, ce qui est une manière insistante de mettre en avant des questions existentielles de base.
Il est certain qu'au courant de la dernière décennie, la photographie artistique en Pologne trouvait son inspiration dans l'art de la néo-avant-garde des années 60 et 70, qui lui servait en même temps de point de répère. Néanmoins, les artistes contemporains qui se réfèrent à cette tradition-là, se concentrent beaucoup plus sur des expériences sur base de techniques et matériaux nouveaux, expériences rendues possibles par les nouveaux médias. Si la photographie artistique devient très souvent de nos jours un des éléments d'installations et d'autres projets complexes, c'est qu'elle est un art qui se situe en fait à la frontière de la photographie, de la performance ou de la vidéo.
Photographie publicitaire et utilitaire
C'est seulement dans les années 90 que la photographie publicitaire et utilitaire a trouvé en Pologne de bonnes conditions de développement. Par la même occassion, quelques auteurs ont vu s'ouvrir des possiblilités de réalisation de leurs aspirations artistiques profondes, il faut cependant souligner qu'ils étaient tous connus auparavant et avaient toujours montré de grandes ambitions. Les noms à citer avant tout dans ce contexte sont : Tomasz Sikora (né en 1948), Leszek Szurkowski (né en 1949) et Maciej Mankowski (né en 1949). Il serait approprié d'ajouter à cette liste le nom de Ryszard Horowitz (né en 1939) qui depuis 1959 vit et travaille aux USA, et dont les œuvres jouissent en Pologne d'une grande popularité.
L'avènement de la démocratie a permis également un meilleur développement de la photographie de presse. Avant, elle était limitée par la censure, ce qui engendrait une situation où tout œuvre intéressante ne pouvait être présentée au public qu'occasionnellement, lors d'une exposition ou d'une autre, ou bien dans le circuit non officiel. Ainsi, dans les années 80, on a vu travailler l'Agence Photographique Indépendante "Dementi" dont l'objectif consistait à enregistrer des documents sur la lutte pour la démocratie en Pologne et, par la suite, sur la chute du communisme en Europe Orientale. Un des membres de l'Agence, Tomasz Kizny (né en 1958), a élaboré plusieurs documentaires et expositions sur les conséquences du totalitarisme dans cette partie du monde. Le reportage photographique contemporain a des chances de se développer dans de nombreuses revues présentes sur le marché ; sa promotion est assurée entre autres par le concours de la Photographie Polonaise de Presse, dont le premier avait eu lieu en 1959 et a été organisé à nouveau en 1993, après une pause de quelques années.Voici quelques reporters photographes qui méritent d'être cités : Krzysztof Miller, Slawomir Kaminski, Lukasz Trzcinski, Witold Krassowski, Tomasz Tomaszewski, Piotr Wojcik, Tomasz Gudzowaty.
Principales institutions
Très longtemps, un rôle extrêmement important de diffusion était tenu par Zwiazek Polskich Artystow Fotografikow (la ZPAF - l'Association des Artistes Photographes Polonais). Cette organisation, fondée en 1947, avait un caractère artistique et professionnel. Les années 90, avec leurs nouvelles possibilités d'agir au-delà des institutions, ont un peu réduit le rôle de la ZPAF, mais il reste toujours significatif. Au total, le siège à Varsovie et les branches en province comptent quelques cinq cents membres. À Varsovie fonctionne également Fotoklub Rzeczypospolitej Polskiej (Club Photographique de la République Polonaise) qui réunit diverses organisations de photographes amateurs du pays tout entier.
Le nombre de galeries de photographie en Pologne est proche de vingt-cinq, les plus importantes étant : Mala Galeria (une filiale du Centre d'Art Contemporain) et Stara Galeria ZPAF à Varsovie, Galeria FF à Lodz, Galeria PF à Poznan, Dolnoslaskie Centrum Fotografii à Wroclaw, Galeria Pusta à Katowice, Galeria BiB à Bielsko-Biala, Gdanska Galeria Fotografii à Gdansk. De plus, des expositions et des études sur l'histoire de la photographie sont systématiquement réalisées par deux musées dont chacun possède une division dédiée à la photographie et à des collections, à savoir le Musée National à Wroclaw (depuis 1963) et le Musée de l'Art à Lodz (depuis 1977). Un Musée de l'Histoire de la Photographie a été installé à Cracovie en 1987.
Les écoles supérieures de photographie, dont quelques-unes ont été créées dans les années 90, sont des centres importants de développement de la photographie artistique. Des études se terminant par un diplôme de maîtrise dans ce domaine peuvent se faire à l'Académie des Beaux-Arts de Poznan et de Cracovie ; il est possible de faire une licence à Lodz, à Wroclaw, à Gdansk et à Zielona Gora. La plupart des écoles artistiques sont en train de mettre en palce un enseignement élargi de la photographie.
Quant aux importantes manifestations cycliques des années 90, on ne saurait oublier les conférences photographiques "Europejska Wymiana" (Échange européen) que Jerzy Olk, actif également comme artiste, organisait à Wroclaw. En 1998 une biennale de la photographie a été initiée à Poznan. Le concours
Confrontations photographiques à Gorzow Wielkopolski (existe depuis 1969) et la biennale du paysage polonais à Kielce (depuis 1963) peuvent se vanter d'avoir de belles traditions. En 1989 Jakub Byrczek a organisé à Katowice une première exposition collective
Kontakty (
Contactes) qui exploitait l'idée de planches contact - une initiative qui se poursuit jusqu'à présent. En revanche, les responsables du festival d'art médiatique WRO à Wroclaw donnent la préférence aux formes transformées avec une technique librement choisie. La
Foire Internationale de la Photographie Polfoto à Miedzyzdroje, en place depuis le début de la dernière décennie, gagne systématiquement en importance ; à l'instar de la foire de Cologne, on y consacre de plus en plus d'attention aux affaires de l'art.
Informations complémentaires:
Notes biographiques:

Jan Bulhak (1876-1950)
A enseigné la photographie à l'Université de Vilnious ; propagateur de la "photographie patrimoniale" en tant que forme artistique de la photographie touristique ; cofondateur de la ZPAF - l'Association des Artistes Photographes Polonais.

Zbigniew Dlubak (né en 1921)
Peintre et photographe, auteur de plusieurs textes théoriques ; dans les années 1953-1972 rédacteur du mensuel "Fotografia". Habite à Paris.

Zofia Rydet (1911-1997)
Auteur du cycle photographique
Zapisy socjologiczne (
Enregistrements sociologiques) qui documentait la vie des habitants de la Haute Silésie et de Podhale. Faisait également des cycles de photomontages.

Natalia Lach-Lachowicz (née en 1937)
Dans ses travaux, extrêmement expressifs, cet artiste se sert des supports divers (vidéo, peinture, installations) ; liée au courant féministe dans l'art; auteur d'importants textes théoriques.

Zofia Kulik (née en 1948)
Artiste spécialisée dans des compositions qu'elle crée au moyen du photomontage et de la multiplication. Ses oeuvres atteignent des dimensions de plusieurs mètres, en prenant des formes de tapisseries, de mandalas, de contours de constructions gothiques.

Jozef Robakowski (né en 1939)
Artiste qui, à côté de la photographie, pratique aussi le cinéma d'auteur, la peinture et crée des installations. Dans son appartement à Lodz, il tient une galerie internationale appellée "Galerie d'échanges".

Krzysztof Pruszkowski (né en 1943)
Son exposition
Fotologia (
Photologie, 1993) a été une des plus intéressantes de la dernière décennie. Sa méthode est une "photosynthèse" qui consiste à superposer des images de plusieurs objets d'un même type.