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"(...) Léa et Khanan ne se sont jamais rencontrés. Ce qui les unit, ce n'est pas un amour entre homme et femme, mais une inclination mutuelle des deux âmes qui se ressemblent, telle l'unité de Platon partagée en deux, qui tend a se rejoindre" (Krzysztof Warlikowski pour "Rzeczpospolita", 2003, no 232)Dans sa nouvelle Dibbouk, extraite du recueil "Preuves d'existence" (publié par les éditions Autrement), Hanna Krall, auteur contemporaine, juive polonaise, présente sous forme d'un reportage l'histoire du jeune Américain Adam S., possédé par l'esprit de son demi-frere, péri pendant la guerre dans le ghetto.
"L'histoire de dibbouk, qui adopte chez An-ski la forme d'une légende, d'une version juive de l'histoire mythique de Roméo et Juliette, devient bien plus concrete dans la nouvelle de Krall, dont l'action se situe a New York contemporain. La nouvelle évoque les relations profondes unissant la génération qui a subi le Holocauste a celle née déja en Amérique, qui se sent toujours liée a la terre lointaine ou ses ancetres ont péri. En rapprochant le drame de An-ski a la nouvelle de Krall dans le cadre d'un spectacle, on parvient a englober l'histoire du XXe siecle: guerres, exodes des nations entieres, croyances qui sombrent dans l'oubli, exterminations de masse." (Krzysztof Warlikowski pour "City Magazine" 2003, no 11)Dans le dernier acte du Dibouk scénique, Khanan (Andrzej Chyra) et Léa (Magdalena Cielecka) deviennent héros de la nouvelle de Hanna Krall: Adam S. et sa femme.
"Warlikowski interprete ces deux textes tellement différents dans une optique commune, il y voit des paraboles d'une expérience universelle, dont l'une se réfere a la réalité déja révolue d'avant la seconde guerre mondiale, et l'autre se situe dans le monde contemporain. La confrontation des deux textes fait ressortir les transformations que la seconde guerre mondiale a fait subir a la mentalité collective." (Marcin Koscielniak, "Didaskalia" 2003, no 57)Le spectacle de Warlikowski constitue une tentative de percer le mystere de l'existence, d'atteindre cette réalité inconnue, dont l'homme ignore le nom. Le jeu des acteurs doit rendre la souffrance et le mystere inscrits au cour de tout etre humain.
"Magdalena Cielecka dans le rôle de Léa est excellente, Andrzej Chyra dans celui de Khanan magnétise le public. Le personnage de Hejnech (Jacek Poniedzialek) intrigue, celui de Meshulah (Renate Jett) suscite de l'angoisse. Le visage de l'actrice demeure transie de tristesse, comme si elle était consciente de tout ce qui allait arriver. Elle explique, fait des commentaires, souffle des solutions. Et elle garde tout en mémoire. Un moment particulierement émouvant constitue la priere hébraique de l'actrice israélienne Orna Porat." (Tomasz Cyz, "Tygodnik Powszechny" 19.10.2003)L'amour de Léa et de Khanan, qui trouve son épanouissement dans le domaine de l'esprit, n'est pas pour autant dépourvu d'un érotisme tres profond. Warlikowski dépeint cette histoire d'amour en images d'un charme pictural envoutant, et en meme temps il la releve a la dignité d'un mythe. L'espace scénique, l'un des éléments constitutifs du spectacle, est complété par des animations représentant des betes et des plantes paradisiaques. Ces images évoquent les motifs caractéristiques pour de vieilles synagogues en bois de l'Est de la Pologne. L'amour, surnaturel et éternel, des jeunes gens, et la révolte personnelle de Khanan servent du prétexte aux questions plus universelles, portant sur nos relations avec Dieu: celle que nous avons hérédité de nos ancetres et celle établie par nous-memes. Est-il encore possible de vivre une expérience spirituelle, religieuse, a nos jours?
"Il y a aussi une deuxieme question, sur l'ennemi de Dieu, Satan; la seconde partie du spectacle y fournit une réponse tres concrete: la dualité du monde ne constitue plus un dilemme, une these a soutenir ou a réfuter, mais, explicitée par les horreurs de la guerre, elle est devenue une réalité manifeste et troublante." (Marcin Koscielniak, "Didaskalia" 2003, no 57)Le spectacle de Warlikowski souleve également le probleme de la mémoire, individuelle et collective, sans laquelle notre identité est incomplete et faussée.
"L'histoire contée par An-ski remonte a un temps encore innocent. Aujourd'hui, nous savons déja qu'un dibbouk ne doit pas etre expulsé. Il incarne notre mémoire. Sans les dibbouks, nous aurions été tous encore plus bornés, avilis."
D'apres le Dibbouk de Sholem An-ski (traduction en polonais Awiszaj Hadari) et Le Dibbouk de Hanna Krall, (nouvelle extraite de Preuves d'Existence). Adaptation et mise en scène: Krzysztof Warlikowski. Scénographie: Malgorzata Szczesniak. Lumieres: Félice Ross. Musique: Pawel Mykietyn. Avec: Magdalena Cielecka, Stanislawa Celinska, Renate Jett (Autriche), Irena Laskowska, Maria Lozinska, Orna Porat (Israël), Andrzej Chyra, Marek Kalita, Zygmunt Malanowicz, Jacek Poniedzialek, Jerzy Senator, Maciej Tomaszewski, Tomasz Tyndyk. Coproduction: Teatr Rozmaitości a Varsovie, Teatr Wspolczesny a Wroclaw, Festival d'Avignon, THEOREM
Le spectacle a été représenté pour la premiere fois le 6 octobre 2003 dans le cadre du Festival International des Théâtres DIALOG-WROCLAW 2003.
